Gnosticisme
Le Gnosticisme (du grec gnōsis, connaissance) désigne un ensemble de courants religieux et philosophiques apparus dans le monde hellénistique et chrétien primitif (Iᵉ-IVᵉ siècles ap. J.-C.), qui placent au coeur du salut une connaissance directe et expérientielle du divin. Ses doctrines centrales incluent le Démiurge (créateur imparfait du monde matériel), Sophia (la Sagesse divine déchue), le Plérôme (plénitude divine originelle) et l'étincelle divine emprisonnée dans la matière humaine. Le gnosticisme a profondément influencé l'alchimie, la kabbale et la théosophie.
Origine
Le gnosticisme émerge au Iᵉ siècle ap. J.-C. dans le creuset cosmopolite d'Alexandrie et d'Antioche, croisement de plusieurs influences : philosophie platonicienne (dualisme matière/esprit), judaïsme apocalyptique (livre d'Hénoch, livre de Daniel), christianisme primitif, mystères égyptiens et iraniens (zoroastrisme et son dualisme cosmique). Les premiers maîtres gnostiques connus sont Simon le Mage (Iᵉ siècle, mentionné dans les Actes des Apôtres), Cérinthe, et surtout Basilide, Valentin et Marcion (IIᵉ siècle), qui développent des systèmes cosmologiques élaborés à Alexandrie et à Rome.
Les Pères de l'Église (Irénée de Lyon, Contre les hérésies, vers 180 ; Hippolyte de Rome ; Épiphane de Salamine) combattent virulemment le gnosticisme jusqu'à son extinction officielle au IVᵉ siècle avec l'établissement du christianisme constantinien. Ses textes furent presque tous détruits. La redécouverte capitale survient en décembre 1945 : un paysan égyptien découvre à Nag Hammadi (Haute-Égypte) une jarre contenant treize codex coptes du IVᵉ siècle, soit 52 textes gnostiques dont l'Évangile de Thomas, l'Évangile de Philippe, l'Évangile de Vérité et l'Apocryphe de Jean. Cette découverte renouvelle entièrement l'étude du christianisme primitif.
Doctrines et mythes
Les gnosticismes (au pluriel, car ils sont multiples) partagent plusieurs structures. Le Plérôme est la plénitude divine originelle, peuplée d'éons (entités spirituelles émanées du Père inconnaissable). À l'origine de la chute cosmique, Sophia, le plus jeune éon, désire connaître seule le Père et donne ainsi naissance, par défaut, à un être avorté : le Démiurge (Yaldabaoth chez les Séthiens, Saklas chez les Valentiniens), créateur du monde matériel qu'il croit gouverner seul. Le Démiurge est souvent identifié au Dieu de l'Ancien Testament, juge jaloux et limité, à distinguer du Père supérieur et bon révélé par le Christ.
Les humains contiennent une étincelle divine (pneuma) emprisonnée dans le corps matériel par le Démiurge et ses archontes. Le salut consiste en la gnose, connaissance révélée de cette origine divine oubliée, permettant la remontée de l'âme à travers les sphères planétaires (archontes) vers le Plérôme. Le Christ gnostique est un messager du Père inconnu, descendu pour transmettre la gnose libératrice. Les écoles principales sont : séthienne (autour de Seth, fils d'Adam), valentinienne (la plus christianisée), basilidienne (cosmologie élaborée), marcionite (rejet radical de l'Ancien Testament), manichéenne (Mani, IIIᵉ siècle, dualisme radical).
En pratique
Le gnosticisme survit aujourd'hui sous plusieurs formes. Les Mandéens d'Irak-Iran (environ 60 000-100 000 fidèles) constituent la seule communauté gnostique antique survivante, conservant rituels baptismaux et littérature araméenne. Le néo-gnosticisme moderne (Église Gnostique Universelle de Jules Doinel 1890, Église Gnostique de Samael Aun Weor 1950) propose des liturgies inspirées des sources antiques. Plusieurs auteurs contemporains diffusent les enseignements gnostiques : Stephan Hoeller (Ecclesia Gnostica de Los Angeles), Jean-Yves Leloup en France, Elaine Pagels (universitaire de Princeton).
Pour explorer la tradition gnostique, vous pouvez lire les textes de Nag Hammadi (traduction française dirigée par Jean-Pierre Mahé) et l'Évangile de Marie-Madeleine. Les commentaires de Jean-Yves Leloup, Jacques Lacarrière (Les Gnostiques, 1973) et Hans Jonas (La Religion gnostique, 1958) offrent d'excellentes introductions. Pour relier le gnosticisme aux autres traditions, explorez l'Alchimie qui hérite directement de ses cosmologies, la Théosophie de Blavatsky, l'Anthroposophie de Steiner et l'Rose-Croix qui en sont les héritières modernes.
Profondeur symbolique
Le gnosticisme exprime une intuition mystique radicale : ce monde n'est pas le vrai monde, notre vrai Soi n'est pas notre identité ordinaire, le salut requiert un éveil cognitif. Cette intuition rejoint l'advaita vedanta hindou (l'illusion de maya), le bouddhisme (l'avidya, ignorance fondamentale), le soufisme (le voile des voiles, hijab al-akbar). Le gnosticisme partage avec ces traditions une épistémologie salvifique : connaître, c'est être sauvé ; ignorer, c'est être perdu. Cette priorité accordée à la connaissance le distingue du salut par la foi (paulinien) ou par les oeuvres (judaïsme rabbinique).
Carl Gustav Jung consacra une étude majeure aux mythes gnostiques (Aion, 1951 ; Sept Sermons aux Morts, 1916, écrits en transe), y voyant des projections de l'inconscient collectif. Pour Jung, Sophia est l'archétype de l'anima, le Démiurge celui de l'ombre du Dieu transcendant, le Plérôme celui du Soi. Les Rose-Croix, l'alchimie, la kabbale chrétienne, la théosophie et l'anthroposophie sont autant d'héritières directes du gnosticisme. Approfondissez sur le portail Glossaire et explorez les Oracles compatibles.
Également connu sous le nom de
- Gnose
- Gnosis
- Religions de la Connaissance
- Christianisme Ésotérique
- Hérésie Alexandrine