Traditions

Néopaganisme

Le Néopaganisme (du grec néos, nouveau, et paganus, paysan/païen) désigne l'ensemble des mouvements religieux et spirituels contemporains qui visent à reconstituer ou réinventer les religions pré-chrétiennes d'Europe et d'ailleurs. Né au XIXᵉ siècle avec le romantisme, formalisé au XXᵉ siècle, il connaît un essor majeur depuis 1960. Ses principales branches sont la Wicca (sorcellerie britannique), l'Ásatrú (paganisme nordique), le Druidisme celtique, le néo-paganisme gréco-romain (Hellenismos) et la Rodnoverie slave.

Origine

Le néopaganisme prend racine dans le romantisme du XIXᵉ siècle. La redécouverte des mythologies nordique (Edda traduite par Mallet 1755, opéras de Wagner 1860-1876), celtique (Ossian de Macpherson 1761, renaissance druidique galloise d'Iolo Morganwg), gréco-romaine et germanique nourrit un puissant courant culturel. Sur le plan organisationnel, le Druid Order londonien (1717), l'Ancient Order of Druids (1781) et l'Order of Bards, Ovates and Druids (OBOD, 1964) structurent le néo-druidisme britannique. La renaissance germanique (Guido von List 1908, Heinrich Himmler 1935) prit malheureusement une orientation politique qui discrédita longtemps la cause païenne.

L'essor moderne du néopaganisme date des années 1950-1970. Gerald Gardner fonde la Wicca en 1954. Sveinbjörn Beinteinsson obtient en 1973 la reconnaissance officielle de l'Ásatrúarfélagið comme religion d'État en Islande, premier néopaganisme officiellement reconnu en Europe. Aux États-Unis, Stephen McNallen fonde l'Asatru Folk Assembly en 1972. La Lithuanie reconnaît officiellement le néo-paganisme Romuva en 1991. Aujourd'hui, le néopaganisme rassemble plusieurs millions de pratiquants dans le monde, principalement en Amérique du Nord et en Europe du Nord.

Branches et traditions

Le néopaganisme se ramifie en plusieurs traditions. L'Ásatrú (« foi en les Ases ») ou Heathenry vénère les dieux nordiques (Odin, Thor, Freyr, Freyja, Tyr) et célèbre les blots (sacrifices) et sumbels (libations rituelles). Le Druidisme moderne (OBOD, Druid Order, ADF en Amérique) honore les divinités celtes (Lugh, Brigid, Cernunnos, Danu) et structure son enseignement en trois degrés (Bardes, Ovates, Druides). Le Wicca (Gardnérien, Alexandrien, Dianic, Reclaiming) constitue la branche la plus nombreuse. L'Hellenismos reconstitue le culte des dieux olympiens. La Rodnoverie slave vénère Perun, Veles, Mokosh.

Les traits communs aux néopaganismes incluent : polythéisme (vénération de plusieurs dieux, parfois avec une déité tutélaire), animisme (présence d'esprits dans la nature, esprits des lieux, des animaux, des plantes), culte de la nature et des cycles saisonniers (huit sabbats wiccans, neuf blots ásatrú), magie pratique (sorcellerie, runes, herboristerie sacrée), recours aux traditions ancestrales attestées (Edda poétique, Mabinogion gallois, mythes grecs). Une distinction importante sépare les reconstructionnistes (qui s'efforcent de respecter rigoureusement les sources historiques) et les éclectiques (qui mêlent librement plusieurs traditions selon leur sensibilité).

En pratique

Pour explorer le néopaganisme, identifiez d'abord la tradition qui vous parle culturellement et géographiquement. Vos racines familiales nordiques inclinent vers l'Ásatrú, vos racines celtes vers le Druidisme, votre sensibilité féministe vers la Wicca Dianic ou Reclaiming. Lisez les sources antiques (Edda en traduction de Régis Boyer pour le nordique ; Mabinogion pour le celte ; Iliade-Odyssée pour le grec). Rejoignez les associations néopaïennes francophones : Cercle Atrium (généraliste), Forn Sed France (Ásatrú), Druides de France (OBOD). Célébrez les fêtes solaires (équinoxes et solstices) et les lunaisons dans la nature.

Le néopaganisme dialogue étroitement avec les pratiques oraculaires. Les Runes sont l'oracle nordique par excellence (entrées Runes, Vieux Futhark). L'Ogham celtique est l'oracle druidique. Le Tarot et la boule de cristal s'intègrent à la pratique wiccane. Pour approfondir le contexte philosophique, consultez la Wicca, le Druidisme, la Théosophie et l'Anthroposophie qui partagent une sensibilité ésotérique commune.

Profondeur symbolique

Le néopaganisme exprime un puissant désir de réenchantement du monde face au désenchantement weberien de la modernité rationaliste. Là où le christianisme avait désacralisé la nature (en distinguant Créateur et créature), le néopaganisme la résacralise. Là où le matérialisme moderne avait évacué les esprits, le néopaganisme les invite à nouveau. Cette démarche s'inscrit dans une critique plus large de la modernité (écologie profonde, féminisme spirituel, opposition au consumérisme). La sociologue américaine Margot Adler (Drawing Down the Moon, 1979) y voit la première religion « post-moderne » née de l'écologie et du féminisme.

Sur le plan psychologique, Carl Gustav Jung verrait dans le néopaganisme une réactivation des archétypes refoulés par mille ans de monothéisme. La Déesse Mère, le Dieu cornu, les nymphes, les esprits des lieux représentent des couches archaïques de la psyché collective européenne. Leur renaissance, dans la limite d'un syncrétisme respectueux des sources, peut contribuer à une écologie de l'âme : reconnecter l'individu à son environnement naturel, ancestral et symbolique. Pour approfondir, explorez la Wicca, le Druidisme, le Glossaire et le portail Oracles.

Également connu sous le nom de

  • Neo-Paganism
  • Paganisme Moderne
  • Paganisme Contemporain
  • Heathenry
  • Renaissance Païenne

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