Troisième Œil
Le Troisième Œil, ou Ājñā en sanskrit (« commandement, ordre, autorité »), est le sixième des sept centres énergétiques du corps subtil. Situé entre les sourcils, légèrement au-dessus de la racine du nez (point bhrūmadhya), il est représenté par un lotus à deux pétales portant les syllabes HAṂ et KṢAṂ, traditionnellement de couleur blanche ou gris perle, codé indigo ou violet bleuté dans la convention occidentale moderne. Associé à l'élément mental (au-delà des cinq éléments matériels), au bija-mantra OM, à la déité Ardhanārīśvara (Shiva-Shakti unis) accompagnée de la shakti Hākinī, il est le siège de l'intuition, de la clairvoyance, de la perception subtile, du discernement spirituel et de la vision intérieure. Son nom « commandement » indique qu'à ce niveau, le yogi reçoit directement les instructions de son maître intérieur.
Origine
L'Ājñā est décrit dans le Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa (1577) comme un lotus blanc à deux pétales (les syllabes HAṂ et KṢAṂ), au centre duquel figure un cercle blanc avec un śivaliṅga argenté entouré par le bija OM. La déité présidante est Sadāśiva sous sa forme androgyne Ardhanārīśvara, mi-Shiva mi-Pārvatī, manifestant l'union accomplie des polarités masculine et féminine, solaire et lunaire, conscient et inconscient. La shakti Hākinī, à six visages et six bras, tient un livre, un crâne, un tambour et fait les gestes de bénédiction et de don. À ce niveau les canaux iḍā (lunaire) et piṅgalā (solaire) qui flanquaient le canal central rejoignent le suṣumnā en un point appelé triveṇī, confluence sacrée comparée à celle des trois fleuves Gange, Yamunā et Sarasvatī à Prayāgrāj.
La notion d'œil intérieur est universelle : œil d'Horus et œil oudjat égyptiens, troisième œil de Shiva sur le front (foudre destructrice de l'illusion), œil de la connaissance (jñāna-cakṣus) des Upanishads, œil de l'âme chez Platon, œil du cœur chez Maître Eckhart et chez les soufis (basīra, ʿayn al-qalb). En anatomie, la glande pinéale (épiphyse), située au centre du cerveau, a été identifiée par Descartes (Les Passions de l'âme, 1649) comme « siège de l'âme », et est souvent rapprochée du troisième œil par les ésotéristes modernes. Sa sensibilité à la lumière chez certains reptiles primitifs (œil pariétal) et son rôle dans la production de mélatonine (et possiblement de DMT endogène) alimentent les spéculations.
Sens classique et lecture occidentale
Dans le système tantrique classique, l'Ājñā est le centre du manas (mental sensoriel) dépassé, et l'organe de la perception subtile directe. Le yogi avancé y développe les siddhis (pouvoirs subtils) décrits dans les Yoga Sutras de Patañjali (chapitre III) : clairvoyance (divya-cakṣus), clairaudience (divya-śrotra), connaissance des vies antérieures, lecture des pensées d'autrui, intuition immédiate. Patañjali avertit cependant que ces pouvoirs sont des obstacles à la libération finale s'ils deviennent objets de désir. Les pratiques associées incluent trāṭaka (fixation oculaire), śambhavī-mudrā (regard converti vers l'intérieur, vers le point inter-sourcilier), bhrāmarī (souffle bourdonnant), méditation sur OM, et longues séances de contemplation silencieuse.
En lecture occidentale contemporaine, le Troisième Œil est le centre de l'intuition, de la vision claire, du discernement spirituel, de la perception non-sensorielle, de la capacité à voir au-delà des apparences. Un chakra équilibré se manifeste par une intuition fiable, un discernement aigu sans cynisme, une imagination créatrice, des rêves significatifs, une capacité à anticiper. Un chakra déficient produit confusion mentale, manque d'imagination, difficulté à voir l'ensemble d'une situation, rationalisme étroit, maux de tête, troubles oculaires. Un chakra hyperactif engendre cauchemars envahissants, hallucinations, paranoïa, fuite dans l'imaginaire au détriment du réel, déconnexion du corps. Voir Chakra et Akasha.
En pratique
Pour activer l'Ājñā, pratiquez quotidiennement la méditation au point inter-sourcilier : asseyez-vous le dos droit, fermez les yeux, et dirigez votre attention vers le point situé entre les sourcils. Sans tension oculaire, demeurez quinze à vingt minutes en contemplation silencieuse de ce point. Vous percevrez peut-être un cercle de lumière, des couleurs, des images. Accueillez-les sans saisir. Pratiquez aussi le trāṭaka : fixez sans cligner la flamme d'une bougie placée à hauteur des yeux pendant trois à cinq minutes, puis fermez les yeux et contemplez l'image rémanente jusqu'à sa disparition. Cette technique millénaire fortifie remarquablement la concentration et la vision intérieure.
Tenez un journal de rêves : notez chaque matin les images et fragments dont vous vous souvenez. Trois mois de pratique régulière développent la mémoire onirique et le contact avec l'inconscient. Soutenez par la lithothérapie avec lapis-lazuli, sodalite, améthyste, fluorite violette, saphir, posées sur le front. Diffusez des huiles essentielles de lavande, d'encens (oliban), de bois de santal, de myrrhe. Limitez le sucre et les écrans qui surchargent la pinéale. En tarot, méditez l'arcane II la Papesse (sagesse intuitive féminine), l'arcane IX l'Ermite (lampe intérieure), l'arcane XVIII la Lune (vision des profondeurs). En astrologie, étudiez la Lune (intuition), Neptune (perception subtile), Uranus (illumination), votre douzième maison. Voir Couronne.
Profondeur symbolique
Le Troisième Œil figure, dans sa profondeur, l'œil unique qui voit derrière la dualité. Là où les deux yeux physiques voient deux versions légèrement différentes du monde (parallaxe), permettant la vision en relief mais ancrant aussi la perception dans la dualité sujet-objet, le troisième œil voit au-delà du dédoublement. Il est l'organe de la connaissance non-duelle, de la vision unifiante, de l'intuition qui saisit immédiatement le tout. Toutes les traditions mystiques convergent : il s'agit d'apprendre à voir non plus avec les yeux mais par les yeux, en remontant le rayon de la perception jusqu'à sa source.
En correspondance ésotérique, l'Ājñā s'associe aux sphères cabalistiques de Chokmah (Sagesse) et Binah (Intelligence), les deux pôles supérieurs de l'Arbre de Vie qui correspondent aux deux hémisphères cérébraux unifiés par Daath. En astrologie, il correspond à la Lune (intuition réceptive), à Neptune (perception transcendante), et au signe des Poissons (vision médiumnique). En tarot, l'arcane II la Papesse est l'archétype princeps du troisième œil, l'arcane XVIII la Lune figure les profondeurs de l'inconscient, et l'arcane XVII l'Étoile la révélation intuitive. Approfondissez avec Chakra, Akasha, Couronne et le portail Glossaire.
Également connu sous le nom de
- Ājñā
- Œil intérieur
- Œil de Shiva
- Bhrūmadhya
- Œil de la connaissance