Augure
L'Augure (du latin augur, peut-être dérivé d'avis, oiseau, et gerere, conduire) est, dans la religion romaine, le prêtre officiel chargé d'observer et d'interpréter les signes envoyés par les dieux, particulièrement par le vol et le comportement des oiseaux. L'augure constitue avec le pontife et le haruspice l'une des trois grandes catégories sacerdotales de Rome. Son rôle est éminemment politique : aucune assemblée populaire, aucune élection, aucune guerre, aucune fondation de cité ne peut commencer sans auspicium favorable préalable. Le mot a donné en français « augurer » (présager) et « inauguration » (consécration sous des auspices favorables).
Origine
La tradition romaine fait remonter le collège des augures au roi Romulus lui-même, qui aurait fondé Rome en 753 av. J.-C. après avoir pris les auspices sur le Palatin (douze vautours observés contre six pour son frère Rémus, sur l'Aventin : Tite-Live, Histoire romaine I, 7). Cicéron (De divinatione I, 3 et II, 70-77, et De legibus II, 31) précise que le collège augural fut institué par Numa Pompilius (vers 715-672 av. J.-C.). Initialement composé de trois membres patriciens, le collège passe à neuf en 300 av. J.-C. avec la lex Ogulnia qui l'ouvre aux plébéiens, puis à quinze sous Sylla, et à seize sous César.
La discipline augurale romaine emprunte largement à l'haruspicine étrusque et à des modèles plus anciens : la baru mésopotamienne, l'oionomantie grecque (Tirésias, Calchas). Mais Rome lui donne une codification juridique sans équivalent. Le livre des augures (libri augurales, perdus) consignait les rituels, les formules, les espèces d'oiseaux pertinentes. Auguste fut nommé augure en 41 av. J.-C. et porta toujours avec fierté ce titre. Le collège augural se maintient officiellement jusqu'à l'édit de Théodose en 391 ap. J.-C. qui interdit les cultes païens. Saint Ambroise et saint Augustin (Cité de Dieu III, 11) raillent encore les augures comme superstition vaine.
La technique augurale
L'augure trace dans le ciel un espace sacré appelé templum (d'où « temple »), divisé en quatre quartiers (regiones) par le cardo (axe nord-sud) et le decumanus (axe est-ouest). Il opère cette délimitation à l'aide d'un bâton recourbé, le lituus, devenu symbole de la fonction. La gauche (orient pour l'augure regardant le sud) est favorable dans la tradition romaine (contrairement à l'usage grec). Les oiseaux oscines (corbeau, corneille, hibou) sont interprétés par leur cri ; les oiseaux alites (aigle, vautour, faucon) par leur vol. Apparition d'un oiseau dans tel quartier, à telle altitude, dans tel sens, valide ou invalide l'action projetée.
Les auspices (auspicium, de avis specere, observer les oiseaux) sont une opération précise et juridiquement réglée. Cinq classes : ex caelo (foudre et tonnerre, signe le plus puissant), ex avibus (oiseaux), ex tripudiis (manière dont les poulets sacrés mangent : si les grains tombent de leur bec, présage favorable), ex quadrupedibus (animaux à quatre pattes), ex diris (signes funestes inattendus). L'épisode du consul Publius Claudius Pulcher à la bataille de Drépane (249 av. J.-C.) est célèbre : voyant les poulets sacrés refuser de manger, il les jeta à la mer en disant « qu'ils boivent au moins » ; il perdit la bataille et fut condamné pour impiété (Cicéron, De divinatione II, 71).
En pratique
L'augurat romain n'a plus de descendants directs : son cadre juridico-religieux était indissociable de la cité antique. Mais l'attention augurale aux oiseaux survit dans plusieurs traditions vivantes. La ornithomancie contemporaine s'inspire des classifications romaines en les adaptant aux espèces locales. L'observation pratique : choisissez un lieu dégagé orienté à l'est, formulez intérieurement votre question, observez attentivement pendant dix à quinze minutes. Notez le premier oiseau aperçu, son espèce, son sens de vol (gauche-droite : favorable selon la convention romaine ; droite-gauche : défavorable), son altitude (haut : élévation spirituelle ; bas : préoccupations matérielles), son chant ou son silence.
Les présages aviaires traditionnels : aigle (gloire, victoire), faucon (action décisive imminente), hibou / chouette (mort symbolique, transformation, sagesse selon la tradition athénienne — Athéna aux yeux pers), corbeau / corneille (message important, prophétie, parfois deuil), pigeon (paix, amour), hirondelle (printemps, nouveau cycle, foyer), pic (consacré à Mars : action militaire ou conflit), moineau (vie simple, fertilité). Combinez avec le pendule oui/non, les dés, la vélomantie, l'alomancie, la capnomancie, la dominomancie, l'oracle de l'escargot et la tasséographie pour préciser le message.
Profondeur symbolique
L'augure incarne une conception romaine fondamentale : la pax deorum, paix avec les dieux, condition de la prospérité de la cité. Aucune entreprise humaine n'est légitime si elle n'a pas été approuvée par les puissances supérieures. Cette religiosité civique fait de l'augurat un dispositif politico-religieux unique : l'augure peut annuler rétroactivement une assemblée ou une élection en déclarant que les auspices étaient défavorables (obnuntiatio). Cicéron, augure lui-même, théorise dans le De legibus que cette institution garantit la stabilité de la République en imposant un contrepoids sacré aux décisions humaines.
Sur le plan symbolique, l'oiseau est messager entre les mondes — il vole entre ciel et terre, traverse les éléments, voit ce que l'homme ne voit pas. Cette fonction médiatrice se retrouve universellement : le corbeau d'Odin Huginn et Muninn (pensée et mémoire) dans la mythologie nordique, le corbeau d'Apollon, le simurgh persan, le quetzal méso-américain. Approfondissez avec Ornithomancie, Sibylle, Oracle de Delphes et Présage. Explorez le portail Glossaire, le hub Arts divinatoires et le portail Oracles.
Également connu sous le nom de
- Augur
- Auspice
- Devin officiel
- Augural
- Prêtre des oiseaux