Mantique

Nécromancie

La Nécromancie (du grec nekros, mort, et manteia, divination) est l'art divinatoire qui consiste à consulter les esprits des défunts pour obtenir des informations sur l'avenir, le passé caché ou les vérités d'outre-tombe. C'est l'une des plus anciennes formes de divination, attestée chez les Sumériens (mythes d'Ur-Nammu), les Hébreux (épisode de Saül et de la sorcière d'Endor en 1 Samuel 28), les Grecs (descente d'Ulysse aux Enfers, Odyssée XI), les Romains et les sociétés chamaniques. Sévèrement condamnée par les religions monothéistes, elle se transforme au XIXᵉ siècle en spiritisme avec les sœurs Fox (1848) et Allan Kardec (Livre des Esprits, 1857), forme contemporaine de communication avec les défunts.

Origine

Le plus célèbre épisode nécromantique de la littérature ancienne est l'évocation par la sorcière d'Endor dans la Bible hébraïque (1 Samuel 28, 3-25). Le roi Saül, désespéré avant la bataille contre les Philistins, abandonné par Yahvé qui ne lui répond plus ni par songes, ni par les Urim, ni par les prophètes, se déguise et consulte une nécromancienne malgré son propre décret d'interdiction. La femme évoque l'ombre du prophète Samuel récemment décédé, qui annonce à Saül sa défaite et sa mort le lendemain. L'épisode pose tous les éléments du genre : interdiction religieuse, désespoir du consultant, médium féminine, apparition de l'ombre, révélation tragique.

La Grèce homérique donne avec la Nékuia (Odyssée XI) le modèle littéraire de la descente nécromantique : Ulysse, sur le conseil de Circé, navigue jusqu'aux frontières du monde, creuse une fosse, verse le sang de victimes immolées, et les ombres des morts viennent boire pour pouvoir parler. Ainsi paraissent Elpénor, Tirésias, Anticleia mère d'Ulysse, Agamemnon, Achille. Virgile reprendra le modèle dans le livre VI de l'Énéide (Énée descendant aux Enfers conduit par la Sibylle de Cumes). Les sanctuaires nécromantiques (nekromanteia) sont attestés : Éphyre en Thesprotie (fouillé en 1958 par S. Dakaris), le lac Averne en Campanie, Héraclée Pontique sur la mer Noire. Rome connaît la nécromancie privée à travers des sorcières comme l'Erichto de Lucain (Pharsale VI), figure puissante de la magie thessalienne.

Du Moyen Âge au spiritisme

Le christianisme condamne radicalement la nécromancie (Deutéronome 18, 10-12 ; Lévitique 19, 31 ; Concile d'Ancyre 314 ; Bulle Summis desiderantes d'Innocent VIII en 1484). Saint Augustin (De divinatione daemonum) y voit l'œuvre des démons qui se substituent aux morts. Saint Thomas d'Aquin (Summa Theologiae II-II, q. 95, a. 4) la classe parmi les superstitions damnables. Pourtant, la nécromancie médiévale persiste sous forme clandestine. Les grimoires latins comme le Liber Iuratus Honorii (XIIIᵉ siècle), la Clavicule de Salomon (XIVᵉ-XVIᵉ siècles), le Lemegeton (XVIIᵉ siècle) contiennent des rituels d'évocation des morts et des démons. Cornelius Agrippa (De occulta philosophia, 1533) la décrit savamment tout en s'en démarquant.

Le XIXᵉ siècle voit la renaissance massive de la communication avec les morts sous le nom de spiritisme. Tout commence le 31 mars 1848 à Hydesville (État de New York) avec les sœurs Fox (Margaret et Kate, 14 et 11 ans) qui entrent en communication par coups frappés avec l'esprit d'un colporteur assassiné. Les tables tournantes envahissent l'Europe : Victor Hugo en exil à Jersey (1853-1855) en pratique avec sa famille (transcriptions partiellement publiées dans Les Tables tournantes de Jersey). En France, Allan Kardec (pseudonyme d'Hippolyte Léon Denizard Rivail, 1804-1869) codifie le mouvement dans son Livre des Esprits (1857), Livre des Médiums (1861), fondant le spiritisme qui se distingue du spiritualisme anglo-saxon par sa doctrine de la réincarnation. Le spiritisme touche jusqu'à Conan Doyle, William Crookes, William James, Henri Bergson.

En pratique

Avertissement préalable : la nécromancie soulève des questions psychologiques sérieuses (deuil pathologique, suggestion, troubles dissociatifs). Elle peut être contre-indiquée pour les personnes endeuillées récemment ou fragiles psychologiquement. Si vous avez perdu un proche cher, attendez au minimum un an avant toute tentative de communication, et consultez un thérapeute du deuil avant si nécessaire. La séance spirite contemporaine se pratique en groupe de trois à six personnes, dans un lieu calme et obscur, avec un médium désigné. Procédure : prières d'ouverture (selon traditions), formation d'un cercle main contre main, invocation de l'esprit nommé. Communications par coups frappés, oui-ja (planchette à lettres), écriture automatique, parole du médium.

La typtologie (du grec tuptein, frapper) interprète les coups : un coup = oui ; deux coups = non ; trois coups = peut-être ; alphabet lentement épelé (un coup à chaque lettre voulue) pour les messages. Le tableau oui-ja (commercialisé depuis 1890 par Elijah Bond) accélère le processus avec un curseur mobile sur des lettres et chiffres. Précautions essentielles : ne jamais inviter d'esprits inconnus (toujours nommer précisément un défunt connu), clore systématiquement la séance par une prière de remerciement et de protection, fixer une durée limite (45 minutes maximum), tenir un journal. Pour des questions plus simples sans dimension spirite, préférez : pendule oui/non, Tarot, dés divinatoires, vélomantie biblique, dominomancie, tasséographie, alomancie, capnomancie, oracle de l'escargot.

Profondeur symbolique

La nécromancie répond à un besoin universel : garder un lien avec ceux qui ne sont plus, obtenir des réponses qu'ils auraient pu donner, supporter l'absence par la croyance en une présence persistante. Toutes les cultures ont des dispositifs ritualisés pour ce dialogue : autels des ancêtres en Asie, cultes des manes romains (festival de la Parentalia, 13-21 février), Toussaint et fête des morts catholiques, Día de los Muertos mexicain, Bon japonais (mi-août). La nécromancie est l'extrême de ces pratiques : elle veut une conversation explicite, pas seulement une commémoration. C'est cette exigence qui la rend à la fois précieuse (elle nomme un besoin réel) et dangereuse (elle peut nourrir un déni du deuil).

Carl Gustav Jung distinguait dans L'âme et la vie (1931) le complexe paternel ou maternel activé (qui peut prendre la forme d'une « voix » du défunt) de l'archétype rencontré (figure transpersonnelle de l'ancêtre). Les communications spirites livrent souvent des contenus issus du sujet lui-même (transfert sur le défunt de ce qu'on aurait voulu lui dire ou entendre), parfois d'un fond archétypal plus vaste. Cela n'enlève rien à leur valeur thérapeutique : verbaliser ce qui n'a pas été dit, recevoir une parole de pardon ou de bénédiction, achever symboliquement une relation interrompue. Le philosophe Vladimir Jankélévitch (La mort, 1966) parle de l'irrévocable qu'est la mort, et la nécromancie comme la tentation toujours répétée d'en révoquer l'irrévocabilité. Approfondissez avec Oniromancie (où les défunts apparaissent fréquemment), Divination, Chamanisme, Akasha, le portail Glossaire et le hub Arts divinatoires.

Également connu sous le nom de

  • Spiritisme
  • Évocation des morts
  • Médiumnité
  • Sciomancie
  • Psychomancie

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