Mantique

Sortilège

Le Sortilège (du latin sortilegium, de sors, sortis, sort, tirage au sort, et legere, lire, choisir) désigne, dans son sens originel et savant, le tirage au sort divinatoire par lequel on obtient un verset, un nom, un chiffre, une formule choisis au hasard, et interprétés comme réponse à une question. La pratique romaine des sortes (tirages de tablettes inscrites), les sortes Vergilianae et sortes biblicae (ouverture au hasard d'un livre sacré), la vélomantie biblique chrétienne, le Fal-i Hafez persan en sont autant d'exemples. Le mot « sortilège » a glissé en français moderne vers le sens de « maléfice », mais sa racine latine et son usage technique demeurent ceux de la divination par tirage.

Origine

Les sortes sont attestées dans la religion romaine dès la République. Cicéron (De divinatione II, 85-86) décrit le sanctuaire de Fortuna Primigenia à Préneste (l'actuelle Palestrina, à 40 km à l'est de Rome) où un enfant tirait d'une urne des tablettes de bois (sortes Praenestinae) inscrites de versets prophétiques attribués à Numerius Suffustius. Le sanctuaire d'Antium pour Fortuna, celui de Géryon à Padoue (sortes Geryonis), celui d'Hercule à Tibur fonctionnaient sur le même principe. La Bible hébraïque connaît aussi le tirage divinatoire : les Urim et Tummim du grand prêtre (Exode 28, 30 ; 1 Samuel 14, 41, dont la version des Septante précise « Yahvé, si la faute est en moi, donne Urim ; si elle est dans ton peuple Israël, donne Tummim ») ; la désignation par sort de Saül comme roi (1 Samuel 10, 20-21) ; le partage de la terre promise (Nombres 26, 55).

Le christianisme primitif maintient les sortes apostolorum : élection de Matthias par tirage au sort (Actes 1, 26). Les sortes biblicae (ouvrir la Bible au hasard et lire le verset rencontré comme réponse divine) sont attestées dès les Pères de l'Église, malgré les réticences de saint Augustin (Lettre 55 à Januarius). La conversion de saint Augustin lui-même comporte un épisode de ce type : entendant un enfant chanter « tolle, lege » (« prends, lis »), il ouvre Romains 13, 13-14 et y lit son appel (Confessions VIII, 12, 29). Les sortes sanctorum circulent au haut Moyen Âge sous forme de livrets ; condamnées par plusieurs synodes (Vannes 461, Agde 506, Auxerre 578), elles persistent. Les sortes Vergilianae, ouverture du recueil de Virgile pour y trouver une prophétie, restent pratiquées par les empereurs romains tardifs (Hadrien, Sévère selon l'Histoire Auguste) et par les humanistes de la Renaissance.

Variantes des sortes divinatoires

Plusieurs grandes familles de sortilèges sont historiquement documentées. Sortes par tablettes : le sanctuaire de Préneste utilisait des tablettes de bois inscrites tirées au hasard d'une urne. Sortes par livre : ouverture au hasard d'un livre sacré et lecture du premier verset rencontré. Les principaux corpus : sortes Vergilianae (Virgile, Énéide en priorité), sortes Homericae (Homère), sortes Biblicae (Bible), sortes Apostolicae (Évangiles), Fal-i Hafez (Divan du poète persan Hafez de Chiraz, XIVᵉ siècle, encore très pratiqué en Iran aujourd'hui), Sortes Sanctorum (livrets médiévaux), I Ching par tirage de tiges d'achillée ou de pièces. Sortes par alphabet : tirage de lettres puis assemblage en un mot interprété.

Le procédé spécifique de la vélomantie biblique (du latin velum, voile, ou du grec belos, flèche tirée au hasard) est l'application chrétienne du principe : on tient une Bible (Ancien et Nouveau Testament), on formule sa question intérieurement, on ouvre au hasard, on pose l'index sans regarder, on lit le verset désigné. Cette pratique a traversé toute l'histoire chrétienne, des Pères jusqu'aux protestants évangéliques contemporains. Saint François d'Assise consulte l'Évangile trois fois de suite avant de fonder son ordre (Bonaventure, Legenda Maior III, 3). John Wesley, fondateur du méthodisme, recourait aux sortes biblicae régulièrement. Les variantes persanes du Fal-i Hafez sont si populaires qu'aucun foyer iranien n'est sans son Divan de Hafez, consulté au Nouvel An et aux moments importants.

En pratique

Pour pratiquer le sortilège biblique chez vous, équipement minimal : un livre sacré ou un recueil significatif (Bible, Coran, Bhagavad-Gita, Tao Te King, recueil de poèmes que vous aimez, voire prose romanesque que vous estimez sage). Tenez le livre fermé entre vos mains, formulez votre question intérieurement avec précision (questions ouvertes plus efficaces : « quelle attitude adopter face à... » plutôt que « dois-je faire X »). Inspirez profondément, ouvrez le livre d'un geste décidé, posez l'index au hasard sur la page de droite (ou la gauche selon convention). Lisez le passage : verset entier, plus le contexte de quelques lignes alentour. Notez la date, la question, le passage, votre première impression.

Pour une expérience numérique guidée, utilisez l'outil vélomantie biblique interactive en ligne qui sélectionne aléatoirement un verset de la Bible. La méthode se combine facilement : pendule oui/non pour vérification, Tarot pour amplification symbolique, dés divinatoires, dominomancie, tasséographie, alomancie, capnomancie, oracle de l'escargot. Voir aussi : Cubomancie (tirage de dés, principe parent), Dominomancie (tirage de dominos). Précaution interprétative : le verset reçu n'est pas un ordre mécanique. Méditez son sens dans le contexte de votre vie ; demandez-vous ce qu'il évoque pour vous personnellement avant de chercher des correspondances rationnelles.

Profondeur symbolique

Le sortilège pose la question philosophique fondamentale : le hasard peut-il être messager ? La culture moderne occidentale a tendance à opposer hasard et providence : si quelque chose résulte d'un tirage aléatoire, c'est qu'aucun sens divin n'y a présidé. Mais cette opposition est récente. Pour la pensée antique, médiévale, et pour beaucoup de pensées non occidentales, le hasard est précisément le mode d'expression privilégié du divin : l'événement non causé humainement laisse place à une cause supérieure. Cicéron lui-même, sceptique sur la divination, reconnaissait que « si rien ne se fait sans une cause, si rien ne se fait au hasard, la divination est possible » (De divinatione I, 125).

Carl Gustav Jung a renouvelé la question avec le concept de synchronicité (1952) : la coïncidence signifiante entre un état psychique (la question) et un événement extérieur sans lien causal apparent (le verset tiré). Pour Jung, les systèmes de sortilège fonctionnent en activant cette synchronicité : la concentration sur une question, le geste rituel du tirage, l'attention donnée au résultat créent un cadre où la psyché et le monde peuvent se rencontrer. Le mathématicien Ian Stewart (Does God Play Dice ?, 1989) montre que le hasard, en théorie du chaos, n'est jamais pur : il est toujours sensible aux conditions initiales. Or l'état psychique du consultant fait partie de ces conditions. Cette perspective réhabilite philosophiquement la pratique du sortilège sans céder au surnaturel naïf. Approfondissez avec Divination, Cubomancie, Dominomancie, Yi King, le portail Glossaire et le hub Arts divinatoires.

Également connu sous le nom de

  • Sortes
  • Tirage au sort
  • Vélomantie
  • Bibliomancie
  • Stichomancie

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