Mythologie

Déméter

Déméter (grec Δημήτηρ) est la déesse olympienne de la terre cultivée, du blé, de la moisson, de la fertilité agricole et de la maternité douloureuse. Soeur de Zeus et fille de Cronos et de Rhéa, elle préside le cycle des saisons et des céréales. Son mythe central, l'enlèvement de sa fille Perséphone par Hadès, fonde les Mystères d'Éleusis, les plus secrets et les plus durables des cultes grecs. Son équivalent romain est Cérès, qui donna son nom aux céréales.

Mythe et origine

L'Hymne homérique à Déméter (vers 650-550 av. J.-C.) raconte le rapt fondateur. Tandis que Perséphone (Coré, « la Jeune Fille ») cueille des fleurs avec les Océanides dans la plaine de Nysa, la terre s'entrouvre et Hadès surgit sur son char pour l'emporter aux Enfers. Déméter, alertée par le cri étouffé, erre neuf jours et neuf nuits, torches en main, sans manger ni boire, jusqu'à ce qu'Hécate puis Hélios lui révèlent le ravisseur. Furieuse contre Zeus complice, elle quitte l'Olympe et frappe la terre de stérilité. Déguisée en vieille femme, elle se réfugie à Éleusis où la reine Métaneira lui confie l'éducation de son fils Démophon, qu'elle tente d'immortaliser au feu.

Hésiode (Théogonie, vers 453-454, 912-914) confirme sa filiation cronique. Apollodore (Bibliothèque 1.5) résume le mythe. Pausanias (VIII, 42) décrit aussi une Déméter Mélaina « noire » d'Arcadie, déesse archaïque chevaline. Son nom dériverait de dâ-mêtêr, « terre-mère », ou plus probablement de zeia-mêtêr, « mère de l'épeautre ». Les tablettes mycéniennes en linéaire B mentionnent déjà une « Maîtresse du blé ». Les Mystères d'Éleusis, célébrés chaque automne du VIIIe siècle av. J.-C. jusqu'à leur interdiction par Théodose en 392, attirèrent des initiés de tout le monde antique, dont Pindare, Sophocle, Cicéron et l'empereur Marc Aurèle.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Déméter à sa couronne d'épis de blé, sa torche, son sceptre, son boisseau (calathos) rempli de grains, et son char tiré par des serpents ailés ou des dragons. Ses animaux sont la truie, la grue et le serpent ; ses plantes le blé, l'orge, le pavot et la menthe. Ses épiclèses dessinent ses fonctions : Thesmophoros « porteuse de lois », fêtée par les femmes lors des Thesmophories à Athènes, Chloé « verdoyante » des jeunes pousses, Anesidora « qui envoie les dons » de la terre, Karpophoros « porteuse de fruits ». Son grand sanctuaire d'Éleusis, le Télestérion, pouvait accueillir trois mille initiés simultanément lors de la révélation nocturne du grain.

Lorsque Démophon hurla d'effroi en surprenant Déméter le tenant au-dessus du feu purificateur, la déesse révéla son identité et exigea qu'on lui bâtisse un temple. Elle apprit alors à Triptolème, prince éleusinien, l'art de l'agriculture, lui donnant un char ailé pour répandre le blé sur toute la terre. Devant la stérilité prolongée, Zeus négocia le retour de Perséphone : mais Hadès lui avait fait manger six grains de grenade, l'obligeant à passer un tiers de l'année dans les Enfers. Le cycle saisonnier — printemps et été quand mère et fille sont réunies, automne et hiver quand Perséphone redescend — fonde la liturgie agricole grecque. Déméter aima aussi Iasion, fils de Zeus, dans un champ trois fois labouré, conçut Ploutos, dieu de la richesse, et eut Arion, le cheval divin, d'une union avec Poséidon transformé en étalon.

Réception moderne

Carl Gustav Jung et Erich Neumann (La Grande Mère, 1955) firent de Déméter l'archétype de la mère nourricière et de la perte initiatique. Jean Shinoda Bolen, dans Les Déesses en chaque femme (1984), la décrit comme la mère par essence, dont l'identité se construit autour du soin et dont l'ombre est la dépression dévastatrice quand l'enfant s'éloigne. Marija Gimbutas voyait en elle l'héritière de la Grande Déesse néolithique. Le mouvement écoféministe l'invoque comme patronne de l'agriculture durable. Eckhart Tolle et la spiritualité contemporaine relisent le mythe d'Éleusis comme parabole de la traversée du deuil. Dans The Long Loneliness de Dorothy Day (1952), elle apparaît implicitement comme figure du Christianisme social.

Sur le plan astrologique, Déméter correspond à l'astéroïde 1108 Cérès — désormais classé planète naine — découvert en 1801 par Giuseppe Piazzi. Les astrologues contemporains comme Demetra George (Asteroid Goddesses, 1986) y lisent les questions de maternité, deuil, alimentation et lien à la terre. Sa planète tutélaire ancienne est la Lune, ses signes la Vierge (par le blé) et le Cancer (par la maternité). Découvrez si Déméter gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Déméter résonne avec L'Impératrice, troisième arcane majeur, dont la couronne d'étoiles et le champ de blé évoquent directement la déesse-mère. La Papesse, gardienne des mystères, fait écho à son rôle à Éleusis. La carte de la Mort, paradoxalement, partage avec elle l'enseignement éleusinien que le grain doit mourir pour porter du fruit, comme l'évoque saint Paul dans 1 Corinthiens 15 en reprenant ce schème. Sur l'Arbre de Vie, on la place souvent en Binah, la Mère supernelle de l'intelligence formatrice.

Symboliquement vous rencontrez Déméter chaque fois qu'une situation appelle nourrir, attendre une croissance, ou traverser le deuil d'un être aimé. Son ombre est la mère possessive qui stérilise le monde tant que l'enfant n'est pas rendu, le chagrin qui se fige en hiver perpétuel. Travailler avec cet archétype invite à demander où votre soin fait grandir et où il étouffe. Poursuivez avec Perséphone, sa fille, Hadès, son gendre involontaire, et Héra, sa soeur, ou revenez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Cérès
  • Thesmophoros
  • Sito
  • Karpophoros
  • Chloé

← Retour au Glossaire