Mythologie

Frigg

Frigg (vieux norrois Frigg, vieil anglais Frīg) est la reine des Ases, épouse d'Odin et déesse souveraine du mariage, de la maternité, du foyer, de la prescience et des arts féminins de la prophétie. Elle réside dans la salle de Fensalir, « les salles des marécages », et préside les dísir, esprits féminins protecteurs des familles. Elle file sur sa quenouille les nuages qui glissent dans le ciel — ce que les paysans scandinaves nomment encore « la quenouille de Frigg » (Friggjar rokkr) en désignant la constellation d'Orion. Mère de Baldr le radieux, elle est aussi celle qui voit l'avenir mais en tait les secrets. Le vendredi (Friday, Freitag) porte son nom dans les langues germaniques.

Mythe et origine

Le nom Frigg remonte au proto-germanique *Frijjō, « la bien-aimée », issu d'une racine indo-européenne *priH-, « aimer, chérir », apparentée au sanskrit priyā. Elle est une déesse pan-germanique : le Wodan continental a pour épouse Frea (Frīg), mentionnée par Paul Diacre au VIIIᵉ siècle dans l'Histoire des Lombards où elle ruse pour permettre la victoire des Winnili contre les Vandales. Le poème vieil anglais Charme des neuf herbes (Xᵉ siècle) lui fait référence indirectement. Depuis Jacob Grimm, beaucoup de chercheurs ont supposé une identité originelle entre Frigg et Freya, deux émanations d'une même Grande Déesse germanique scindée tardivement.

Les sources principales sont l'Edda en prose de Snorri Sturluson (vers 1220), notamment la Gylfaginning, et les poèmes eddiques Lokasenna, Vafþrúðnismál et Grímnismál. Saxo Grammaticus, dans les Gesta Danorum (vers 1200), en propose une version évhémérisée et plus sombre. La Lokasenna évoque ses relations avec les frères d'Odin, Vili et Vé, tandis que la Gylfaginning mentionne ses douze servantes : Sága, Eir, Gefjun, Fulla, Sjöfn, Lofn, Vár, Vör, Syn, Hlín, Snotra et Gná, chacune incarnant un aspect des arts féminins (mémoire, guérison, désir, fidélité, sagesse, courtoisie).

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Frigg à sa dignité majestueuse, à sa quenouille (rokkr) et à son fuseau, à ses clefs qui pendent de sa ceinture (signe de souveraineté domestique chez les femmes nordiques), à son trône Hliðskjálf qu'elle partage avec Odin et d'où l'on voit tous les mondes. Elle est accompagnée de sa fidèle servante Fulla, qui porte sa cassette à bijoux, et de Gná, qui voyage dans les airs sur le cheval Hófvarpnir pour porter ses messages. Mère de Baldr et de Höðr, peut-être aussi de Hermóðr, elle incarne la maternité divine dans sa forme la plus noble.

Son mythe central est celui de la mort de Baldr. Quand son fils rêve de sa propre fin, Frigg parcourt les mondes pour faire jurer à chaque être — animal, plante, minéral, élément — de ne jamais nuire à Baldr. Elle néglige seulement le gui, qu'elle juge trop jeune et faible. Loki, déguisé en vieille femme, lui arrache cette confidence, taille un dard de gui et le donne à Höðr l'aveugle qui tue son frère. Frigg envoie Hermóðr aux enfers négocier le retour de Baldr ; tous les êtres pleurent, sauf la géante Þökk (Loki déguisé), et Baldr demeure chez Hel jusqu'au monde renouvelé. Dans le Grímnismál, elle ruse contre Odin pour favoriser son protégé Agnar.

Réception moderne

Wagner reprend Frigg sous le nom de Fricka dans L'Anneau du Nibelung, où elle incarne la gardienne du mariage et de l'ordre face aux transgressions de Wotan. Tolkien s'en inspire pour Varda-Elbereth et Yavanna dans le Silmarillion. Plus récemment, Frigg apparaît dans la série Vikings, dans le jeu God of War: Ragnarök et dans plusieurs romans de fantasy nordique. Neil Gaiman lui consacre un chapitre dans La Mythologie nordique. Sa figure, longtemps éclipsée par celle de Freya dans la culture populaire, retrouve aujourd'hui visibilité, notamment dans les approches féministes du mythe.

Dans l'Ásatrú et le Heathenry contemporain, Frigg est honorée comme la matrone, la déesse de la maisonnée, de la sagesse silencieuse et de la souveraineté féminine domestique. Les femmes mariées et mères en font une patronne particulière, et son culte est lié au filage rituel, à la garde du foyer et aux serments matrimoniaux. Astrologiquement, elle correspond à Vénus dans son registre matriciel et à la Lune pour son lien à la maternité et au foyer. Le test des divinités mythologiques peut révéler son influence. Poursuivez avec Odin, Freya et les runes.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Frigg correspond avant tout à l'Impératrice (III) comme matrone et souveraine fertile, à la Papesse (II) pour sa prescience silencieuse, à la Reine des Pentacles pour sa garde du foyer et à la Reine des Coupes pour sa compassion maternelle. Sur l'Arbre de Vie kabbalistique, elle s'inscrit en Binah (la Mère cosmique, la compréhension profonde, la limite qui donne forme) avec une participation à Hesed (la bienveillance protectrice).

Les lectures jungiennes voient en Frigg l'archétype de la Mère dans son aspect noble et conscient : non pas la mère dévorante ni la mère absente, mais la mère qui sait, qui voit le destin de ses enfants et qui choisit de le porter en silence. Son mythe de Baldr exprime tragiquement les limites de toute protection maternelle : on peut faire jurer le monde entier, il y aura toujours un gui négligé. Son ombre est le contrôle, la possessivité, l'illusion que l'amour suffit à conjurer le sort. Travailler avec Frigg, c'est honorer la sagesse de la maisonnée, la dignité du silence prophétique, et la maturité qui consiste à aimer ce qui doit mourir. Retournez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Frīg
  • Frea
  • Reine d'Ásgard
  • Dame de Fensalir
  • La Mère des Ases

← Retour au Glossaire