Mythologie

Hadès

Hadès (grec Ἅιδης) est le dieu olympien du monde souterrain, des morts, des richesses minérales et des serments invisibles. Frère aîné de Zeus et de Poséidon, fils de Cronos et de Rhéa, il reçut par tirage au sort le royaume des ombres et règne avec son épouse Perséphone sur les âmes des défunts. Son nom même évoque l'invisible (a-idês, « non vu »), et porter son casque de cuir le rend invisible. Son équivalent romain est Pluton, et l'épithète Ploutôn « le riche » souligne sa fonction de seigneur des gisements terrestres.

Mythe et origine

La Théogonie d'Hésiode (vers 700 av. J.-C., vers 453-506) raconte qu'Hadès, aîné des fils de Cronos, fut avalé à sa naissance comme ses frères et soeurs et libéré par Zeus après la rébellion. Lors de la Titanomachie, les Cyclopes lui offrirent un casque de peau de chien qui rendait invisible (kunée), qu'il prêta plus tard à Persée pour son combat contre Méduse. Après la victoire, Zeus, Poséidon et Hadès tirèrent au sort les trois royaumes cosmiques : Zeus obtint le ciel, Poséidon la mer, et Hadès le monde souterrain (Iliade XV, 187-193). La terre resta commune. Hadès se retira dans son palais souterrain dont nul ne sort, et ne participe presque jamais aux assemblées olympiennes.

L'Hymne homérique à Déméter (vers 650 av. J.-C.) raconte son seul mythe majeur : autorisé par Zeus, il enleva Perséphone, fille de Déméter, pour en faire sa reine. Apollodore (Bibliothèque 1.5.1-3) et Ovide (Métamorphoses V, 385-571) prolongent le récit. Son royaume, décrit par Homère (Odyssée XI, la Nékyia), Virgile (Énéide VI), et Platon (République, mythe d'Er), comporte les fleuves Styx, Achéron, Cocyte, Phlégéthon et Léthé, les juges Minos, Rhadamanthe et Éaque, et les régions des Champs Élysées pour les justes, des Asphodèles pour la moyenne, du Tartare pour les damnés. Cerbère, chien à trois têtes, en garde la porte.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Hadès à son sceptre à deux dents (ou bident), son casque d'invisibilité, sa corne d'abondance (en tant que Pluton, donneur des richesses du sous-sol), ses clés du royaume souverrain, et son trône d'ébène. Ses animaux sont Cerbère, le chien tricéphale qui ne laisse entrer nul vivant ni sortir nulle ombre, le serpent, le hibou, et les chevaux noirs qui tirent son char. Ses plantes sont le cyprès, l'asphodèle, le narcisse (fleur qu'admirait Perséphone au moment du rapt), la menthe (souvenir de la nymphe Minthe jalousement piétinée par Perséphone), et la grenade. Les Grecs craignaient tellement son nom qu'ils l'évitaient, préférant les périphrases Plouton « le riche » ou Klymenos « l'illustre ».

Peu de mortels descendirent en Hadès et en revinrent. Orphée pour Eurydice, Héraclès pour Cerbère lors du douzième travail, Thésée et Pirithoos pour tenter de ravir Perséphone (Pirithoos resta enchaîné, Thésée fut délivré par Héraclès), Énée guidé par la Sibylle. Sisyphe, qui avait dénoncé Zeus puis enchaîné Thanatos lui-même, fut condamné à rouler éternellement son rocher. Tantale, pour avoir servi son fils en festin aux dieux, souffre la faim et la soif perpétuelles. Les Danaïdes, meurtrières de leurs époux, remplissent un tonneau percé. Hadès et Perséphone, sévères mais justes, écoutent rarement les suppliques. Le mythe d'Orphée montre toutefois une faille : la musique adoucit le dieu d'airain et arrache temporairement les âmes au royaume gris.

Réception moderne

Carl Gustav Jung fit du royaume d'Hadès la métaphore par excellence de l'inconscient, le pays nocturne où descend la libido lors des dépressions et des transformations. James Hillman, dans Le Rêve et le monde infernal (1979), a renversé la perspective freudienne : ce n'est pas Hadès qui est un faux Olympe mais l'inverse, et l'âme se révèle dans la descente. Jean Shinoda Bolen, dans Les Dieux en chaque homme (1989), le décrit comme l'homme introverti, accumulateur, distant, dont l'ombre est l'isolement glacé. La littérature contemporaine — The Penelopiad de Margaret Atwood, Lore Olympus de Rachel Smythe — réhabilite le couple Hadès-Perséphone comme partenariat respectueux plutôt que comme rapt patriarcal.

Sur le plan astrologique, Hadès correspond à Pluton, planète des transformations radicales découverte en 1930 et nommée d'après son équivalent romain. Pluton gouverne le Scorpion et préside les mutations profondes, le pouvoir caché, la mort symbolique. L'astéroïde 2102 Tantalus et d'autres lui sont associés. En astrologie hambourgeoise, un Hadès trans-neptunien hypothétique est utilisé par Alfred Witte depuis 1925 pour indiquer les héritages, les fouilles archéologiques et les pertes. Découvrez si Hadès gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Hadès résonne avec la carte de La Mort, treizième arcane majeur, par son rôle de gardien de la transformation ultime, mais aussi avec Le Diable, quinzième arcane, par sa souveraineté sur les profondeurs et les richesses cachées. L'Hiérophante partage avec lui l'autorité sur les mystères. Sur l'Arbre de Vie, on l'associe à Geburah, sphère de Mars et de la sévérité, ou à Malkuth, le royaume terrestre dont il représente la face cachée.

Symboliquement vous rencontrez Hadès chaque fois qu'une situation appelle descente, deuil, recueillement, ou confrontation avec ce qui est invisible et précieux. Son ombre est l'isolement qui se mure, la dépression qui refuse tout printemps, la possessivité du seigneur qui retient les morts. Travailler avec cet archétype invite à demander où vos richesses sont enterrées et où votre silence devient muraille. Poursuivez avec Perséphone, sa reine, Déméter, sa belle-mère, et Hécate, sa conseillère, ou revenez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Pluton
  • Ploutôn
  • Klymenos
  • Aïdoneus
  • Dis Pater

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