Mythologie

Perséphone

Perséphone (grec Περσεφόνη), aussi appelée Coré « la Jeune Fille », est la déesse grecque du printemps, des fleurs, de la croissance des grains, et reine des Enfers aux côtés de son époux Hadès. Fille de Zeus et de Déméter, son rapt par Hadès et son retour cyclique à la surface fondent les Mystères d'Éleusis et expliquent la succession des saisons. Elle incarne la dualité de l'innocence virginale et de la souveraineté souterraine. Son équivalent romain est Proserpine.

Mythe et origine

L'Hymne homérique à Déméter (vers 650 av. J.-C.) consacre 495 vers à son rapt fondateur. Tandis qu'elle cueille des fleurs avec les Océanides dans la plaine de Nysa, Coré aperçoit un narcisse merveilleux planté par Gaïa à la demande de Zeus pour la séduire. Au moment où elle l'arrache, la terre s'ouvre et Hadès surgit sur son char d'or, l'emportant aux Enfers malgré ses cris. Seule Hécate l'entend, et Hélios voit tout depuis le ciel. Déméter cherche neuf jours sa fille, et la terre devient stérile. Zeus finit par envoyer Hermès chercher Perséphone, mais Hadès lui fait manger six grains de grenade, scellant son lien au monde souterrain : elle passera désormais un tiers de l'année aux Enfers et deux tiers avec sa mère.

Hésiode (Théogonie, vers 912-914) confirme sa filiation. Apollodore (Bibliothèque 1.5) et Ovide (Métamorphoses V, 385-571) prolongent le récit, ce dernier détaillant la métamorphose de la nymphe Cyané qui tenta de s'opposer au rapt. Son nom Perséphone, peut-être préhellénique, présente des variantes (Phersephatta, Persephassa) qui suggèrent une origine non grecque. Sa double identité Coré-Perséphone reflète sa double nature : Coré la fille de Déméter aux champs, Perséphone la reine des morts sous terre. Les Petits Mystères d'Éleusis, célébrés en mars-avril à Agra près d'Athènes, lui étaient spécifiquement consacrés en tant que jeune initiée, tandis que les Grands Mystères de septembre rejouaient le rapt et le retour.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Perséphone à sa couronne, son sceptre royal de reine des Enfers, sa torche, et surtout la grenade ouverte qu'elle tient ou qu'elle porte sur le ventre comme un fruit cosmique. Ses fleurs sont le narcisse — celle de son rapt —, le pavot, l'asphodèle des prairies infernales, et le lys. Ses animaux sont le bélier, le serpent, la chauve-souris. Représentée en duo avec Déméter dans la composition dite des « Deux Déesses », elle se distingue par son maintien plus grave et son voile parfois noir. Le relief votif d'Éleusis (vers 440 av. J.-C., Musée national d'Athènes) montre Déméter, Triptolème et Perséphone dans la transmission des grains au monde des hommes.

Comme reine des Enfers, Perséphone exerce une autorité réelle distincte de celle d'Hadès. Elle reçoit la prière d'Orphée et permet le retour conditionnel d'Eurydice. Elle accueille Héraclès lors du douzième travail. Elle accepte que Sisyphe remonte temporairement pour punir sa femme infidèle — qu'il évite ensuite de redescendre. Adonis, jeune amant disputé par Aphrodite et Perséphone, lui est attribué un tiers de l'année. Perséphone se montre jalouse à son tour : elle transforme en plante la nymphe Minthe que convoitait Hadès, et la nymphe Leucé en peuplier blanc. Mère de Zagreus selon les orphiques (premier Dionysos), de Mélinoé selon les Hymnes orphiques, elle est l'épouse souveraine du roi sombre, ni victime résignée ni captive éternelle.

Réception moderne

Carl Gustav Jung interpréta Perséphone comme symbole de la nigredo alchimique : la jeune fille innocente doit descendre dans l'obscurité pour intégrer son ombre et revenir reine de sa propre profondeur. Jean Shinoda Bolen, dans Les Déesses en chaque femme (1984), distingue la Coré-fille passive de la Perséphone-reine intégrée, et lit le rapt comme métaphore de l'initiation féminine. Marion Woodman et Sylvia Brinton Perera (La Descente vers la Déesse, 1981) en ont fait l'archétype de l'initiation féminine par la descente. La poésie contemporaine — Louise Glück (Averno, 2006, lauréate du prix Nobel 2020), Margaret Atwood, Carol Ann Duffy — la réinvestit comme figure de l'agency féminine, parfois consentante au mariage souterrain.

Sur le plan astrologique, Perséphone correspond à l'astéroïde 399 Persephone, découvert en 1895 par Max Wolf, lu par Demetra George (Asteroid Goddesses, 1986) comme indicateur des cycles d'initiation, des descentes psychiques et de la souveraineté acquise dans la transformation. Sa planète tutélaire est Pluton, partagée avec Hadès, et son signe le Scorpion pour la dimension souterraine, le Taureau pour la dimension florale du printemps. Les courants néopaïens lui consacrent les fêtes équinoxiales. Découvrez si Perséphone gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Perséphone résonne profondément avec La Papesse, deuxième arcane majeur, par sa connaissance des mystères et sa position assise entre les deux colonnes Jakin et Boaz, double comme son sort entre deux mondes. La Mort, treizième arcane, partage sa fonction transformatrice. Le Pendu inversé évoque sa descente initiatique, et le Soleil son retour radieux au printemps. Sur l'Arbre de Vie, elle traverse le sentier entre Tiphereth et Malkuth, ou se tient en Yesod, fondation lunaire des images astrales du cycle.

Symboliquement vous rencontrez Perséphone chaque fois qu'une situation appelle descente, initiation par l'épreuve, ou intégration d'une part sombre devenue souveraine. Son ombre est la jeune fille qui refuse de mûrir, ou la reine glacée qui oublie le printemps de surface. Travailler avec cet archétype invite à demander où vous mangez les six grains, et où votre couronne souterraine reste à conquérir. Poursuivez avec Déméter, sa mère, Hadès, son époux, et Hécate, sa guide nocturne, ou revenez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Proserpine
  • Coré
  • Coura
  • Phersephatta
  • Despoina

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