Chakra Couronne
Le Chakra Couronne, ou Sahasrāra en sanskrit (« aux mille rayons », de sahasra, « mille »), est le septième et plus élevé des centres énergétiques du corps subtil. Situé au sommet du crâne au niveau de la fontanelle antérieure (brahma-randhra, « ouverture de Brahman »), il est représenté par un lotus aux mille pétales dont chacun porte cinquante syllabes en vingt rangées concentriques (les cinquante phonèmes de l'alphabet sanskrit répétés vingt fois). Traditionnellement décrit comme blanc lumineux, parfois irisé de toutes les couleurs, il est codé violet ou blanc dans la convention occidentale moderne. Associé non plus à un élément mais à la conscience pure (cit), il transcende les sept chakras précédents et constitue le point d'union avec l'Absolu — la porte de la libération (moksha) où la kuṇḍalinī ayant traversé tous les chakras s'unit à Shiva.
Origine
Le Sahasrāra est décrit dans le Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa (1577) comme un lotus aux mille pétales blanc-lumineux tourné vers le bas, au-dessus du sommet du crâne. Au centre figure le śivaliṅga blanc dans un triangle, et au-dessus encore le point suprême (bindu) qui condense en lui toute la manifestation. C'est ici, au sommet, que réside Shiva sans seconde (nirguṇa, sans attributs), et c'est ici que la kuṇḍalinī, énergie féminine ayant remonté depuis le Mūlādhāra en traversant les six chakras intermédiaires, vient s'unir à lui. Cette union sacrée (yoga) au sommet du crâne réalise la non-dualité de Shiva-Shakti, conscience et énergie, masculin et féminin, et marque la libération finale.
La représentation des éveillés portant une couronne lumineuse traverse les traditions : tonsure des moines bouddhistes et chrétiens (qui laisse découvrir le sommet du crâne), nimbe rayonnant des saints, halo doré des bouddhas, tiare papale et couronnes royales (signe terrestre dégradé du rayonnement de la couronne mystique). La fontanelle antérieure, qui reste molle plusieurs mois après la naissance, est dans plusieurs traditions le lieu par lequel l'âme entre dans le corps à l'incarnation et le quitte à la mort. La transmission occidentale du Sahasrāra suit le parcours classique : Woodroffe (1919), Leadbeater (1927) qui standardise la couleur violette, puis le New Age. Le mouvement psychédélique et les recherches sur les états modifiés de conscience (Aldous Huxley, Stanislav Grof, Ken Wilber) en proposent des lectures contemporaines.
Sens classique et lecture occidentale
Dans le système tantrique classique, le Sahasrāra n'est pas à proprement parler un chakra parmi les autres : il transcende le système des six centres et marque le point où la conscience individuelle se reconnaît identique à la Conscience universelle. Les textes le décrivent comme extra-corporel : le lotus aux mille pétales s'épanouit au-dessus du crâne et non à l'intérieur. Il est associé à la glande pinéale ou à la glande pituitaire selon les écoles. Les pratiques associées sont les plus avancées du yoga tantrique : khecarī-mudrā (langue retournée), śāmbhavī-mudrā, nirvikalpa-samādhi (absorption sans objet), amṛta-nāḍī (canal du nectar qui distille au sommet une rosée d'immortalité). À ce niveau, le yogi est dit jīvanmukta, libéré de son vivant.
En lecture occidentale contemporaine, le Sahasrāra est le centre de la connexion spirituelle, de la conscience transpersonnelle, de l'illumination, du sens de l'unité avec le tout. Un chakra équilibré se manifeste par une ouverture spirituelle authentique sans inflation ni fanatisme, un sens du sacré dans la vie quotidienne, une connexion intuitive aux dimensions transcendantes, une paix profonde. Un chakra fermé produit cynisme, matérialisme étroit, vacuité existentielle, dépression sans cause apparente, sentiment d'isolement cosmique. Un chakra dysfonctionnel hyperactif engendre dissociation spirituelle, fuite dans le mystique, déconnexion du corps et des relations, délire mystique, troubles psychiatriques masqués en éveil. Voir Chakra.
En pratique
Pour ouvrir le Sahasrāra, la pratique fondamentale est la méditation silencieuse, sans technique, sans objet, sans intention — pratique paradoxalement difficile pour le mental occidental affairé. Asseyez-vous le dos droit, fermez les yeux, et demeurez simplement présent à ce qui est, sans rien faire, sans rien chercher. Quand le mental s'agite, ne le combattez pas : laissez les pensées passer comme des nuages, et revenez au silence sous-jacent. Trente à quarante-cinq minutes par jour, six jours par semaine, sur plusieurs années, constituent une discipline minimale sérieuse. Cette pratique, austère en apparence, est la plus directe vers l'éveil du Sahasrāra.
Complétez par le chant du mantra OM (AUM) prolongé, la prière silencieuse du cœur issue de l'hésychasme orthodoxe, ou la shamatha-vipashyana bouddhiste. Soutenez par la lithothérapie avec améthyste, cristal de roche, sélénite, diamant Herkimer, posées sur le sommet du crâne ou tenues entre les mains. Diffusez des huiles essentielles d'encens, de myrrhe, de bois de santal, de lavande noble. Maintenez un chakra racine solide en parallèle pour éviter le bypass spirituel. En tarot, méditez l'arcane XXI le Monde (accomplissement), l'arcane 0 le Mat (liberté absolue), l'arcane XVII l'Étoile (révélation). En astrologie, étudiez Neptune (transcendance), Uranus (illumination), votre douzième maison, et les transits aux nœuds lunaires. Voir Troisième Œil et Akasha.
Profondeur symbolique
Le Sahasrāra figure, dans sa profondeur ultime, la dissolution du moi séparé dans la Conscience une. Tous les chakras précédents — du racine au troisième œil — concernent encore, à divers niveaux, un sujet qui s'individualise, désire, aime, exprime, voit. Au Sahasrāra cesse le sujet séparé : il ne reste que la conscience-béatitude-être (sat-cit-ānanda) qui se reconnaît à travers toutes les apparences. C'est l'éveil suprême, identique au moksha hindou et au nirvana bouddhiste. Le chakra y est moins un centre énergétique qu'une porte qu'on franchit et derrière laquelle on ne revient pas le même.
En correspondance ésotérique, le Sahasrāra s'associe à la sphère cabalistique de Kether (Couronne), sommet de l'Arbre de Vie, point originel d'où tout émane et terme de la remontée mystique. L'identité de nom est frappante : Sahasrāra signifie « le couronnant », Kether « la Couronne ». En astrologie, il transcende le système planétaire ordinaire et correspond à l'Ain Soph Aur cabalistique, la « Lumière sans limite » au-delà même de Kether. En tarot, l'arcane XXI le Monde est l'archétype du Sahasrāra accompli, et l'arcane 0 le Mat figure la liberté finale du libéré-vivant. Approfondissez avec Chakra, Troisième Œil, Moksha, Nirvana et le portail Glossaire.
Également connu sous le nom de
- Sahasrāra
- Lotus aux mille pétales
- Brahma-randhra
- Couronne mystique
- Porte de l'Absolu