Cernunnos
Cernunnos (gaulois Cernunnos, « le cornu ») est l'un des plus anciens et des plus mystérieux dieux du panthéon celtique : seigneur cornu de la nature sauvage, des animaux, de la fertilité, de la richesse souterraine et probablement de la régénération cyclique. Il est représenté assis en posture yogique (jambes croisées), portant des bois de cerf sur la tête, accompagné d'un serpent à tête de bélier, d'un cerf, parfois d'un loup ou d'un taureau, tenant un torque (collier celtique de souveraineté) dans une main et un autre torque ou un sac de pièces dans l'autre. Son nom n'est attesté qu'une seule fois épigraphiquement, sur le pilier des Nautes de Paris (Iᵉʳ siècle), mais sa figure iconographique se retrouve dans toute l'Europe celtique et même au-delà.
Mythe et origine
L'origine de Cernunnos remonte à des couches très anciennes, peut-être pré-celtiques. La plus célèbre image identifiée comme lui se trouve sur le chaudron de Gundestrup, vase rituel en argent découvert au Danemark en 1891 et daté entre le IIᵉ et le Iᵉʳ siècle av. J.-C. : un homme assis en lotus, bois de cerf, torque autour du cou, autre torque dans la main droite, serpent à tête de bélier dans la gauche, entouré d'animaux. Mais des figures cornues encore plus anciennes existent : la peinture rupestre de la grotte des Trois-Frères en Ariège (vers 13 000 av. J.-C.), surnommée « le Sorcier », pourrait préfigurer ce type. Le seigneur cornu de la nature semble appartenir à un substrat européen archaïque que les Celtes ont rebaptisé.
Les sources sont presque exclusivement iconographiques. Aucun texte celte ne nous est parvenu de l'Antiquité (les druides interdisaient l'écriture du sacré), et les sources latines ne mentionnent pas explicitement Cernunnos. Le pilier des Nautes, érigé par les bateliers parisiens sous Tibère vers 14-37 apr. J.-C. et conservé au musée de Cluny à Paris, porte l'unique inscription confirmant son nom : [C]ernunnos, à côté de la représentation d'une tête barbue portant des bois de cerf. Plusieurs dizaines d'autres représentations, sans inscription, ont été retrouvées en Gaule, en Bretagne insulaire, en Italie cisalpine et en Europe centrale. La continuité avec le dieu cornu de la Wicca moderne (Herne, le Cornu) est en partie reconstruite.
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Cernunnos avant tout à ses bois de cerf — couronne organique qui pousse et tombe chaque année, image vivante du cycle de la fertilité, du déclin et du renouveau. Il est presque toujours barbu, assis en posture jambes croisées (rare dans l'iconographie indo-européenne, ce qui a fait spéculer sur des liens hypothétiques avec des traditions chamaniques eurasiatiques ou avec le Proto-Shiva de Mohenjo-Daro, mais sans preuve directe). Le torque, anneau de métal noble symbole d'autorité chez les Celtes, est son emblème de souveraineté. Le serpent à tête de bélier, créature unique à l'iconographie celte, mêle fertilité (le bélier) et énergie tellurique (le serpent).
Faute de textes mythologiques explicites, nous ne connaissons pas d'histoire narrative de Cernunnos. Mais l'iconographie suggère un dieu maître des animaux (les bêtes l'entourent, paisibles ou attentives), un dieu de la richesse souterraine (les sacs de pièces, le torque doré, les liens avec les filons miniers gaulois), un dieu de l'équilibre entre civilisation et nature sauvage. Le folklore britannique tardif a conservé la figure de Herne le Chasseur, dieu cornu errant dans les forêts de Windsor, mentionné par Shakespeare dans Les Joyeuses Commères de Windsor (vers 1597), que beaucoup interprètent comme un avatar tardif de Cernunnos. Les figures de l'Homme Vert (Green Man) des cathédrales gothiques peuvent aussi être lues comme des survivances christianisées.
Réception moderne
Cernunnos est devenu, au XXᵉ siècle, l'une des grandes figures du néopaganisme et de la Wicca, où il est invoqué comme le Dieu Cornu, parèdre masculin de la Triple Déesse. Gerald Gardner, fondateur moderne de la Wicca dans les années 1940-1950, a placé le Cornu au centre de son système rituel. Margaret Murray, dans The God of the Witches (1931), avait préparé cette réception en proposant (à tort historiquement, mais avec un grand succès culturel) que les sorcières médiévales adoraient un dieu cornu pré-chrétien diabolisé par l'Église. Cernunnos apparaît dans la fantasy contemporaine (Susan Cooper, Neil Gaiman, séries télévisées Sleepy Hollow, American Gods), dans la musique folk celte et néo-païenne (Damh the Bard), dans les arts visuels.
Dans la pratique néo-druidique et wiccane vivante, Cernunnos est invoqué dans les rites de la roue de l'année, particulièrement à Beltane (1ᵉʳ mai), à Litha (solstice d'été) et à Samhain (1ᵉʳ novembre), comme dieu de la nature, du masculin sauvage, et du cycle de la vie animale. Les hommes en quête d'une masculinité sacrée non-toxique trouvent en lui une figure inspirante. Astrologiquement, il évoque Jupiter (la souveraineté, l'abondance) avec des touches de Pluton (la richesse souterraine), de Saturne (la patience animale) et de Vénus (la fertilité, la beauté). Le test des divinités mythologiques peut révéler son appel. Poursuivez avec Brigid et la Morrígan.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Cernunnos correspond avant tout à le Diable (XV) dans sa lecture restaurée — non pas le démon chrétien mais le seigneur cornu de la nature instinctuelle, du désir et de la matière —, à l'Hiérophante (V) dans sa version druidique, à l'Empereur (IV) pour sa souveraineté tellurique, et au Roi des Pentacles pour son lien à la richesse terrestre. Sur l'Arbre de Vie kabbalistique, il s'inscrit à la frontière entre Hesed (la bienveillance souveraine) et Malkuth (le royaume terrestre, la nature manifestée).
Pour les approches jungiennes et écologiques contemporaines, Cernunnos incarne l'archétype du Masculin sauvage, du Roi-Cerf qui meurt et renaît chaque année avec ses bois, du seigneur de la nature non-civilisée mais non-chaotique. Robert Bly, dans L'Homme sauvage et l'enfant, et James Hillman ont théorisé une telle figure comme contrepoint au Père patriarcal abstrait. Son ombre est la sauvagerie sans limite, l'identification à l'instinct au mépris de la culture, ou inversement la diabolisation chrétienne qui en a fait le « Diable cornu » du folklore médiéval. Travailler avec Cernunnos, c'est honorer la part animale et sacrée de soi, réconcilier nature et civilisation, et reconnaître que les bois tombent pour repousser. Retournez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Le Cornu
- Herne le Chasseur
- Le Dieu Cornu
- Seigneur des Animaux
- Carnonos
- Cernenus