Dionysos
Dionysos (grec Διόνυσος) est le dieu olympien du vin, de la vigne, de l'extase rituelle, du théâtre, de la folie sacrée et des transformations psychiques. Fils de Zeus et de la mortelle Sémélé, deux fois né, il est le seul Olympien à descendre lui-même aux Enfers pour en remonter sa mère. Patron des Bacchantes, inventeur de la tragédie et de la comédie attiques, il incarne ce que Nietzsche opposa à l'apollinien : la dissolution joyeuse et terrible du moi individuel. Son équivalent romain est Bacchus.
Mythe et origine
Selon Hésiode (Théogonie, vers 940-942) et les Hymnes homériques, Zeus aima Sémélé, princesse thébaine fille de Cadmos. Héra jalouse persuada la jeune femme d'exiger de son amant qu'il se montre dans toute sa gloire ; foudroyée par l'apparition, Sémélé périt, mais Zeus arracha l'enfant à son ventre et le cousit dans sa cuisse pour parachever la gestation. De cette « seconde naissance » naquit Dionysos, le « deux fois né » (Dimêtôr ou Twice-Born). Élevé par les nymphes du mont Nysa, il découvrit la vigne, le pressoir, et parcourut le monde entouré de son thiase — Silène ivre, satyres lubriques, Ménades en transe — convertissant les peuples à son culte ou châtiant ceux qui le repoussaient.
Les Bacchantes d'Euripide (vers 405 av. J.-C.) racontent son retour à Thèbes, où le roi Penthée refuse de reconnaître sa divinité ; le dieu lui inspire la folie qui le fait dépecer par sa propre mère Agavé. Apollodore (Bibliothèque 3.4.3-3.5) et Diodore (IV, 2-5) compilent ses voyages indiens et phrygiens. Son nom apparaît dans les tablettes en linéaire B de Pylos et de Chania (XIIIe siècle av. J.-C.) sous la forme di-wo-nu-so, signe de son antiquité mycénienne. Les théologiens orphiques en firent un Zagreus primordial, premier-né de Zeus et de Perséphone, dépecé par les Titans et reconstitué — mythe central de l'orphisme qui inspira Platon et le christianisme alexandrin.
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Dionysos à son thyrse, bâton couronné de pommes de pin et entouré de lierre, à sa coupe (kantharos) de vin pourpre, à sa couronne de pampre ou de lierre, à sa peau de panthère ou de faon, et à son char tiré par des panthères ou des tigres. Ses animaux sont la panthère, le bouc, le taureau, le serpent et le dauphin (en mémoire du mythe où il transforma en dauphins les pirates tyrrhéniens qui voulaient le vendre). Ses plantes sont la vigne, le lierre, le pin, le figuier et la grenade. Ses épiclèses dévoilent ses dimensions : Bromios « le tumultueux », Lyaios « le libérateur » des soucis, Eleuthereus « le libre », Zagreus « le grand chasseur », Dimêtôr « aux deux mères ».
Les Grandes Dionysies athéniennes, instaurées par Pisistrate vers 534 av. J.-C., virent naître la tragédie sous Eschyle, Sophocle, Euripide, et la comédie avec Aristophane et Ménandre, tous concours dramatiques placés sous son patronage. Le théâtre, mot dérivé de theatron « lieu où l'on regarde », et l'orchestra, espace de danse circulaire, étaient des espaces sacrés dionysiaques. Le dieu épousa Ariane, abandonnée par Thésée à Naxos, et la couronna d'une couronne constellée d'étoiles. Il descendit aux Enfers chercher Sémélé pour la divinifier sous le nom de Thyoné. Ses Ménades, lors des orgia nocturnes du Cithéron, déchiraient les bêtes sauvages dans le sparagmos et mangeaient leur chair crue (ômophagia), communiant ainsi avec leur dieu dépecé.
Réception moderne
Friedrich Nietzsche, dans La Naissance de la tragédie (1872), fit du dionysiaque l'expérience d'union primordiale derrière le voile de Maya apollinien, fondement de toute culture vivante. Carl Gustav Jung et Karl Kerényi (Dionysos. Image archétypale de la vie indestructible, 1976) en firent l'archétype de la zoé, vie indestructible qui surgit après tout dépècement. James Hillman associa Dionysos aux processus de désintégration créatrice. Jean Shinoda Bolen, dans Les Dieux en chaque homme (1989), le décrit comme l'homme mystique, sensuel et instable, dont l'ombre est l'addiction et la perte de frontières. Les mouvements rave, le carnaval brésilien et le théâtre de Jerzy Grotowski lui rendent un culte implicite.
Sur le plan astrologique, Dionysos correspond à Neptune, planète de la dissolution et de l'extase, et à Pluton pour la dimension chthonienne. L'astéroïde 3671 Dionysus, découvert en 1984, est lu dans les thèmes comme indicateur d'expériences extatiques, créatives ou addictives. Son signe est traditionnellement le Poissons. L'oenologie contemporaine, l'oenothérapie et la philosophie du vin (Roger Scruton, Michel Onfray) prolongent son patronage. Découvrez si Dionysos gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Dionysos résonne avec Le Pendu, douzième arcane majeur, par son inversion sacrificielle et sa connaissance acquise dans le retournement. La carte du Diable, quinzième arcane, partage avec lui les aspects de l'instinct, du désir libre et de l'enchaînement extatique. La Tour évoque son éclatement libérateur des structures rigides, et la Mort sa dimension de sparagmos. Sur l'Arbre de Vie, on l'associe au gouffre entre Binah et Chesed, ou à Netzach, sphère vénusienne des passions exaltées.
Symboliquement vous rencontrez Dionysos chaque fois qu'une situation appelle lâcher prise, créativité orgiastique, ou descente dans les enfers personnels pour ramener une partie perdue de soi. Son ombre est l'addiction qui se prend pour libération, la folie qui se prend pour révélation, le dépècement sans retour. Travailler avec cet archétype invite à demander où votre ivresse vous transforme et où elle vous détruit. Poursuivez avec Apollon, son opposé créatif, Aphrodite, sa soeur érotique, et Hadès, son hôte chthonien, ou revenez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Bacchus
- Bromios
- Lyaios
- Iacchos
- Zagreus