Hermès
Hermès (grec Ἑρμῆς) est le dieu olympien messager, patron des voyageurs, des marchands, des bergers, des voleurs, des orateurs et des athlètes. Conducteur des âmes au pays des morts (psychopompe), inventeur de la lyre et de l'alphabet, il franchit les seuils entre les mondes avec son caducée à deux serpents. Fils de Zeus et de la nymphe Maïa, son équivalent romain est Mercure, et son syncrétisme avec le dieu égyptien Thot engendra Hermès Trismégiste, fondateur de l'hermétisme.
Mythe et origine
L'Hymne homérique à Hermès (vers 600 av. J.-C.) raconte sa précocité fabuleuse. Né dans une caverne du mont Cyllène en Arcadie, fils de Zeus et de la Pléiade Maïa, il quitta son berceau le jour même de sa naissance pour voler les boeufs d'Apollon. Devant la grotte, il rencontra une tortue dont il fit la première lyre en tendant des cordes sur sa carapace. Il conduisit le troupeau à reculons pour brouiller les pistes, sacrifia deux têtes, et rentra dormir dans ses langes. Apollon, furieux, le traîna devant Zeus ; l'enfant nia avec tant d'aplomb que Zeus rit aux éclats, et Hermès offrit sa lyre à Apollon en échange du pardon et du caducée, scellant leur amitié.
Hésiode (Théogonie, vers 938-939) et Apollodore (Bibliothèque 3.10.2) confirment sa généalogie. Son nom dériverait du mot herma, tas de pierres ou borne, qui marquait les chemins et les sépultures dans la Grèce archaïque. Ces hermès quadrangulaires, surmontés d'une tête barbue et d'un phallus, jalonnaient routes et carrefours, faisant de lui le dieu liminaire par excellence. Son culte est attesté dès l'époque mycénienne dans les tablettes en linéaire B de Pylos (e-ma-a). En Égypte hellénistique, à Hermopolis Magna, il fut identifié à Thot, fusion qui donna naissance au Corpus Hermeticum aux IIe-IIIe siècles de notre ère.
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Hermès à ses sandales ailées (talaria), son pétase ailé (chapeau de voyageur), son caducée entrelacé de deux serpents et surmonté d'ailes, et sa bourse de marchand. Ses animaux sont le bélier, la tortue, le coq, et le serpent. Comme dieu psychopompe, il guide Eurydice vers le Tartare puis vers la lumière (Ovide, Métamorphoses X), reconduit les âmes des prétendants tués par Ulysse dans l'Odyssée (XXIV), et accompagne les ombres jusqu'à Charon. Comme messager (angelos) de Zeus, il transmet ordres et oracles : il livre Pandore à Épiméthée, ordonne à Calypso de libérer Ulysse, dérobe Io transformée en génisse.
Ses domaines mêlent légalité et ruse. Patron des marchands, il préside aussi aux voleurs : c'est lui qui invente la fraude, mais aussi le contrat. Dieu des orateurs (logios), il préside l'éloquence et l'interprétation — d'où le terme herméneutique pour l'art d'interpréter les textes. Père d'Hermaphrodite avec Aphrodite, de Pan avec Dryope, du voleur Autolycos grand-père d'Ulysse, il transmet à ses enfants ruse et adresse. Dans les Argonautiques il aide Persée à tuer Méduse en lui prêtant ses sandales. Pour les Anciens, croiser une trouvaille sur le chemin était un « cadeau d'Hermès » (hermaion), bénédiction des voyageurs.
Réception moderne
Carl Gustav Jung identifia Hermès au trickster, l'archétype du fripon divin, et à la figure alchimique de Mercure, agent de transformation et de communication entre les opposés. Karl Kerényi lui consacra l'essai Hermès, guide des âmes (1944), montrant sa fonction d'éveilleur de la conscience. James Hillman fit de lui le patron de la psychologie archétypale, lui qui se faufile entre les compartiments. Jean Shinoda Bolen, dans Les Dieux en chaque homme (1989), le décrit comme le communicateur, le négociateur, l'éternel adolescent dont l'ombre est l'irresponsabilité et le mensonge habile. L'hermétisme renaissant, de Marsile Ficin à la Société Hermétique de l'Aube Dorée (1888), a fait d'Hermès Trismégiste un patron des sciences occultes.
Sur le plan astrologique, Hermès correspond à Mercure, planète de la communication et du commerce, qui gouverne les Gémeaux et la Vierge. L'astéroïde 69230 Hermes, redécouvert en 2003 après avoir été perdu en 1937, intervient en astrologie ésotérique. Le caducée orne aujourd'hui le logo des chambres de commerce et — par confusion avec le bâton d'Asclépios — de nombreuses institutions médicales. Découvrez si Hermès gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Hermès résonne avec Le Magicien, premier arcane majeur, attribué à Mercure dans la Golden Dawn, dont la baguette dressée évoque le caducée et dont la table comporte les quatre éléments à manipuler. Le Mat partage avec lui la liberté du voyageur sur les seuils. La Roue de Fortune évoque ses fonctions de psychopompe et de distributeur de chances. Sur l'Arbre de Vie, Hod, huitième Sephirah mercurielle, est sa demeure, sphère du verbe formateur et de la magie cérémonielle.
Symboliquement vous rencontrez Hermès chaque fois qu'une situation appelle communication, négociation, traversée d'un seuil ou interprétation d'un signe. Son ombre est le mensonge convaincant, la ruse qui se prend à son propre filet, le mouvement perpétuel qui fuit l'enracinement. Travailler avec cet archétype invite à demander où votre parole crée du lien et où elle déforme la vérité. Poursuivez avec Apollon, son frère ami, Thot, son double égyptien, et Hadès, royaume qu'il visite, ou revenez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Mercure
- Hermès Trismégiste
- Argéiphontès
- Psychopompe
- Turms