Mythologie

Isis

Isis (égyptien Ꜣst, copte Êsê) est la grande déesse égyptienne de la magie, de la guérison, de la maternité divine et de la royauté sacrée. Soeur et épouse d'Osiris, mère d'Horus, fille de Geb et de Nout, elle reconstitua le corps démembré de son époux pour le ressusciter et donner naissance au pharaon céleste. Son culte, né en Égypte au IIIe millénaire av. J.-C., devint au IIe siècle av. J.-C. l'une des religions universelles de l'Empire romain, des rives du Nil à la Bretagne celtique.

Mythe et origine

Les Textes des Pyramides (vers 2400-2300 av. J.-C., Saqqarah) mentionnent déjà Isis pleurant Osiris et nourrissant Horus, tout comme les Textes des Sarcophages (vers 2100 av. J.-C.) du Moyen Empire et le Livre des Morts (à partir de 1550 av. J.-C., XVIIIe dynastie). Le récit le plus complet nous vient cependant de Plutarque (Sur Isis et Osiris, vers 100 apr. J.-C.) : Seth, frère jaloux d'Osiris, l'enferme dans un coffre qu'il jette dans le Nil ; le coffre dérive jusqu'à Byblos où il est englouti par un tamaris. Isis le retrouve, mais Seth retaille le corps en quatorze morceaux et les disperse. Isis, aidée de sa soeur Nephtys, reconstitue toutes les pièces sauf le phallus, en façonne un de remplacement, et conçoit posthumément Horus en battant des ailes sur la momie ressuscitée.

Son nom Ꜣst signifie « le trône » : le hiéroglyphe du trône qu'elle porte sur la tête en fait littéralement la mère et le siège du pharaon. Le grand temple d'Isis à Philæ, près d'Assouan, demeura le dernier sanctuaire actif de la religion pharaonique jusqu'à sa fermeture par Justinien en 537 apr. J.-C. À Behbeit el-Hagar dans le delta, à Coptos en Haute-Égypte, et hors d'Égypte à Pompéi, Rome, Londinium, Lutèce, ses sanctuaires témoignent de l'extension prodigieuse du culte. Les Aretologies hellénistiques d'Isis, à partir du IIIe siècle av. J.-C., la proclament déesse universelle dont tous les noms divins sont des aspects.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Isis à la couronne en forme de trône qu'elle porte sur la tête à l'Ancien Empire, puis au disque solaire encadré de cornes de vache, attribut emprunté à Hathor à partir du Nouvel Empire. Elle tient le sceptre ouas et la croix de vie ankh. Ses animaux sont la vache, le milan (oiseau sous lequel elle plane sur Osiris pour le ranimer), le scorpion (sept scorpions l'accompagnent dans ses pérégrinations), et le serpent. Le tjet, « noeud d'Isis », amulette pourpre placée sur les momies, et le sa-en-ankh, amulette de protection, sont ses symboles magiques. Apulée dans L'Âne d'or (vers 170 apr. J.-C., livre XI) décrit son initié Lucius la voyant apparaître sur la plage de Cenchrées en majesté nocturne.

Isis incarne la grande magicienne (weret-hekau). Elle obtient le nom secret de Rê en le piquant d'un serpent qu'elle a façonné, et avec ce nom acquiert un pouvoir illimité. Quand le petit Horus est piqué par un scorpion dans les marais de Khemmis, elle arrête le soleil dans sa course et négocie sa résurrection. Elle protège les morts dans les quatre coins du sarcophage avec ses soeurs : Isis à l'ouest, Nephtys à l'est, Neith au nord, Selket au sud. Sa fonction royale est centrale : « grande de magie, grande de trône », elle légitime la succession dynastique. Mère allaitant Horus (Isis lactans), elle inspire iconographiquement les premières Vierges à l'Enfant chrétiennes coptes, particulièrement à Alexandrie.

Réception moderne

Carl Gustav Jung et Erich Neumann (La Grande Mère, 1955) firent d'Isis l'archétype par excellence de la déesse-mère intégrale, unissant maternité, magie et sagesse. Marie-Louise von Franz interpréta son nom secret comme allégorie du Soi caché. La franc-maçonnerie depuis le XVIIIe siècle, en particulier le Rite égyptien de Cagliostro (1784) et le Rite de Misraïm, ont placé Isis voilée comme symbole de la sagesse initiatique inaccessible aux profanes, héritage repris par Helena Blavatsky dans Isis dévoilée (1877), oeuvre fondatrice de la théosophie. Le mouvement Fellowship of Isis fondé en 1976 par Olivia Robertson en Irlande compte aujourd'hui des milliers de membres. Le néopaganisme féministe l'invoque comme grande déesse universelle.

Sur le plan astrologique, Isis correspond à la Lune, par ses croissants frontaux, à Vénus pour la dimension d'amour conjugal, et à l'étoile Sirius (Sopdet) dont le lever héliaque annonçait la crue du Nil. L'astéroïde 42 Isis, découvert en 1856, est lu comme indicateur de magie protectrice, de fidélité dans le deuil et de transmission maternelle. Son temple de Philæ inspira la décoration de la Flûte enchantée de Mozart (1791), où la « Reine de la Nuit » et Sarastro reprennent ses traits divisés. Découvrez si Isis gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Isis résonne d'abord avec La Papesse, deuxième arcane majeur, dite parfois « La Prêtresse d'Isis » dans les traditions occultes du XIXe siècle (Éliphas Lévi, Dogme et rituel de la haute magie, 1856). Son livre fermé sur ses genoux contient les mystères qu'elle voile. L'Impératrice, par sa maternité, et L'Étoile, par sa nudité étoilée et sa double cruche, prolongent ses aspects. Sur l'Arbre de Vie, on l'associe à Binah, grande Mère supernelle, ou à Yesod lunaire.

Symboliquement vous rencontrez Isis chaque fois qu'une situation appelle reconstitution patiente d'un être ou d'un projet dispersé, protection magique, ou maternité spirituelle. Son ombre est la fixation sur le mort à ressusciter, le refus d'accepter la fin, la possessivité du voile qui ne se lève jamais. Travailler avec cet archétype invite à demander où vos quatorze morceaux à rassembler attendent vos ailes patientes. Poursuivez avec Osiris, son époux, Horus, son fils, et Thot, son allié, ou revenez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Aset
  • Êsê
  • Stella Maris
  • Mut-Netjer
  • Weret-Hekau

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