Mythologie

Kālī

Kālī (sanskrit Kālī, féminin de kāla, « le temps, le noir, la mort ») est la grande déesse hindoue de la dissolution cosmique, du temps qui dévore tout, de la mort et de la mère noire transcendante. Forme féroce de Pārvatī, manifestation suprême de la Mahādevī (la Grande Déesse), elle apparaît dans la Devī Māhātmya comme l'incarnation absolue de la fureur divine contre les démons. Sa peau est noire ou bleu nuit, sa langue rouge pend hors de la bouche, ses quatre bras tiennent une épée, une tête tranchée, un trident et le geste d'absence de peur (abhayamudrā). Elle porte un collier de cinquante crânes, une ceinture de bras coupés, et danse souvent sur le corps prostré de Shiva, son époux.

Mythe et origine

Kālī apparaît dans la littérature sanskrite à partir du Vᵉ-VIᵉ siècle apr. J.-C., probablement comme intégration brahmanique de divinités tribales et locales antérieures liées au champ de bataille, au cimetière (śmaśāna) et à la mort. Le mot kālī signifie « la noire » au féminin et joue sur le double sens de kāla, « temps » et « noir ». Sa nature témoigne d'une couche pré-aryenne profonde, peut-être liée à des cultes goddessiens du sous-continent que les Védas eux-mêmes mentionnent parfois sous d'autres noms (Nirṛti, déesse de la chance funeste). Le shaktisme, courant qui place la déesse au sommet du divin, s'épanouit du VIᵉ au XᵉIIIᵉ siècle et fait de Kālī l'une de ses figures centrales.

Les sources textuelles principales sont la Devī Māhātmya (vers le VIᵉ siècle), partie du Mārkaṇḍeya Purāṇa, qui décrit l'apparition de Kālī sortie du front courroucé de Durgā durant le combat contre les démons Caṇḍa, Muṇḍa et Raktabīja. Le Kālikā Purāṇa (vers le Xᵉ-XIIᵉ siècle), le Mahābhāgavata Purāṇa, les tantras shaktas (Kālī Tantra, Mahānirvāṇa Tantra), et les chants dévotionnels bengalis de Rāmprasād Sen (XVIIIᵉ siècle) et de Kamalākānta Bhaṭṭācārya forment le corpus principal. Le mystique Rāmakṛṣṇa Paramahaṃsa (1836-1886) a marqué l'image moderne de Kālī par sa dévotion extatique à la Mère noire au temple de Dakṣineśvar.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Kālī à sa peau noire ou bleu sombre, à sa nudité (parfois vêtue de tigre ou d'éléphant), à ses cheveux dénoués sauvagement, à sa langue rouge sang qui pend dehors, à ses yeux exorbités, et à ses quatre bras (parfois dix) tenant : l'épée tranchante de la connaissance, la tête fraîchement coupée de l'ego, le geste de don de l'absence de peur (abhayamudrā) et le geste de bénédiction (varadamudrā). Son collier comprend cinquante têtes humaines, autant que de lettres du sanskrit, signe qu'elle dévore la parole elle-même. Sa ceinture est faite de bras coupés. Elle se tient ou danse sur Shiva couché sous elle, en silence absolu : le passif et l'active, conscience et énergie.

Son mythe fondateur est celui de Raktabīja, démon dont chaque goutte de sang qui touche le sol engendre un nouveau démon. Durgā ne peut le vaincre. Alors de son front courroucé surgit Kālī, qui boit le sang du démon avant qu'il ne touche terre, jusqu'à le tarir. Ivre de sang et de victoire, Kālī danse ensuite avec une frénésie telle que le monde menace de se désintégrer. Shiva, son époux, se couche sur son chemin pour l'arrêter. Kālī, dansant, pose son pied sur le corps de Shiva ; en voyant ce qu'elle a fait, elle tire la langue de honte — geste figé dans son iconographie. Cette scène est lue par les commentateurs comme une métaphore : la fureur active de la Śakti rencontre son point de repos dans la conscience pure (Shiva).

Réception moderne

Kālī est devenue dans l'imaginaire occidental, depuis la fin du XIXᵉ siècle, l'archétype de la déesse féroce. Vivekananda, disciple de Rāmakṛṣṇa, a diffusé sa figure aux États-Unis et en Europe lors du Parlement des Religions de Chicago (1893). Les surréalistes, Antonin Artaud, Georges Bataille, plus tard les penseurs féministes (Mary Daly, Lex Hixon) en ont fait une icône d'autonomie féminine et de transgression. Le rock psychédélique (les Beatles, leur visite à l'ashram), la culture goth, le métal extrême et la littérature fantastique l'invoquent constamment. Le film Indiana Jones et le Temple maudit (1984) en propose une caricature problématique qui a renforcé son image violente.

Dans la pratique vivante, Kālī est largement adorée, surtout au Bengale, en Assam et au Népal, où le temple de Dakṣineśvar à Kolkata et le temple de Kālīghāṭ attirent des millions de fidèles. La fête de Kālī Pūjā, célébrée pendant Dīvalī au Bengale, lui est consacrée. Le tantrisme shakta en fait sa déité centrale. Astrologiquement, elle correspond à Pluton (la mort, la transformation radicale), à Saturne (le temps qui dévore), à la Lune noire, et à Mars dans son aspect le plus féroce. Le test des divinités mythologiques peut révéler son appel. Poursuivez avec Shiva et Lakshmi.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Kālī correspond avant tout à la Mort (XIII) comme grande dévoreuse, à la Tour (XVI) pour son énergie destructrice qui libère, à la Force (XI) pour sa puissance féroce maîtrisée, et au la Lune (XVIII) dans son aspect noir et nocturne. Sur l'Arbre de Vie kabbalistique, elle s'inscrit en Binah (la Mère noire cosmique, le ventre qui contient et reprend) et en Geburah (la rigueur destructrice), avec une touche de Daath (l'abîme).

Pour Jung et les approches féministes de la spiritualité, Kālī est la Grande Mère dans son aspect terrible (terrible mother), nécessaire complément de la Mère lumineuse. Erich Neumann, dans La Grande Mère (1956), souligne que la psyché humaine ne peut s'individuer sans intégrer cet aspect dévorant : refuser Kālī, c'est refuser sa propre mortalité et la nécessité de la destruction libératrice. Son ombre est la rage destructrice sans fonction transformatrice, la haine du vivant. Travailler avec Kālī, c'est accepter la finitude radicale, oser trancher ce qui doit l'être, et reconnaître que la Mère cosmique nourrit en donnant la vie comme en la reprenant. Sa nudité signifie qu'elle est au-delà de tout voile. Retournez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Kālikā
  • Mahākālī
  • Bhadrakālī
  • Dakṣiṇakālī
  • Kālī Mā
  • Mère Noire
  • Adya

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