Thot
Thot (égyptien Ḏḥwty, grec Θώθ) est le dieu égyptien de l'écriture, de la sagesse, de la lune, de la magie, des sciences et des scribes. Représenté à tête d'ibis ou en babouin, il enregistre les jugements d'Osiris, mesure le temps par les phases lunaires, et préside l'invention du langage et des nombres. Son syncrétisme avec le grec Hermès à l'époque hellénistique engendra Hermès Trismégiste, figure tutélaire de l'alchimie, de l'astrologie et de la philosophie hermétique.
Mythe et origine
Les Textes des Pyramides (vers 2400 av. J.-C.) mentionnent déjà Thot dans des formules de protection lunaires et dans l'arbitrage entre Horus et Seth. Selon une tradition, il est né du crâne de Seth, fruit d'une semence indirecte d'Horus dans le cadre de leur conflit cosmique ; selon une autre, il s'est créé lui-même par le pouvoir du verbe. À Hermopolis (égyptien Khmunu, « la Ville des Huit »), son sanctuaire principal en Moyenne-Égypte, il préside l'Ogdoade primordiale — quatre couples de divinités représentant l'eau, l'obscurité, l'invisible et l'infini — et fait émerger du chaos l'oeuf cosmique d'où sort le Soleil. Le Livre des Morts (chapitre 175 surtout) le montre comme gardien de l'ordre cosmique aux côtés de Maât.
Plutarque (Sur Isis et Osiris, vers 100 apr. J.-C., chap. 12) raconte que Thot, complice du Soleil pour permettre à Nout de mettre au monde Osiris, Horus l'Ancien, Seth, Isis et Nephtys, gagna aux dés cinq jours sur la Lune et les ajouta au calendrier de 360 jours. Son nom Ḏḥwty dérive peut-être de tḫ, « l'ibis », ou d'une racine signifiant « celui qui équilibre ». Le Corpus Hermeticum, dix-sept traités gréco-égyptiens écrits aux IIe et IIIe siècles apr. J.-C., met dans la bouche d'Hermès Trismégiste (« trois fois très grand ») une théologie syncrétique transmise à son fils Tat et au roi Ammon, qui influencera profondément la Renaissance via la traduction de Marsile Ficin (1471).
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Thot à sa tête d'ibis surmontée du croissant et du disque lunaires, ou à sa forme entière de cynocéphale (babouin) assis, attentif. Il tient la palette de scribe, le calame, le rouleau de papyrus, parfois le sceptre ouas et la croix ankh. Lors de la pesée du coeur, il se tient debout face à la balance, calame en main, prêt à inscrire le verdict sur sa tablette, tandis qu'Anubis ajuste le fléau et qu'Ammit attend. Ses animaux sacrés sont l'ibis (plus de quatre millions de momies d'ibis ont été déposées à Touna el-Gebel) et le babouin hamadryas, dont les Égyptiens observaient les cris au lever du soleil comme prière à Rê. Sa ville Hermopolis abritait le sanctuaire-bibliothèque, et son temple de Pnoubs en Nubie témoigne de l'extension méridionale de son culte.
Thot médiatise les conflits divins : c'est lui qui apaise l'oeil de Rê en colère après la course de Sekhmet vengeresse, qui replace l'oeil d'Horus arraché par Seth — l'oudjat ou « oeil sain » devient amulette protectrice universelle —, qui arbitre les « Querelles d'Horus et de Seth » dans le papyrus Chester Beatty I (XXe dynastie). Inventeur de l'écriture hiéroglyphique et de toutes les sciences (médecine, mathématiques, astronomie, magie), il est l'auteur mythique de quarante-deux livres sacrés mentionnés par Clément d'Alexandrie (Stromates VI), comprenant rituels, astrologie, cosmologie et lois. Patron des scribes, il leur prête sa palette ; chaque scribe formé à la Maison de Vie commence sa journée par une prière à Thot. Son épouse Séchat (Seshat), dame des écrits et des architectes, complète sa fonction d'archivage cosmique.
Réception moderne
L'hermétisme renaissant, inauguré par la traduction du Corpus Hermeticum par Marsile Ficin en 1471 sur commande de Cosme de Médicis, fit d'Hermès Trismégiste (donc de Thot) la source d'une prisca theologia, théologie primordiale antérieure à Moïse et concordant avec le christianisme. Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, John Dee, et plus tard Isaac Newton, étudièrent ces textes. La Société Hermétique de l'Aube Dorée, fondée à Londres en 1888, plaça Thot-Hermès au centre de son système initiatique. Aleister Crowley publia en 1944 Le Livre de Thot, commentaire de son jeu de tarot peint par Lady Frieda Harris (« Thoth Deck »), aujourd'hui l'un des trois grands jeux ésotériques. Carl Jung relisait Thot comme archétype du scribe intérieur, conscience qui enregistre l'expérience.
Sur le plan astrologique, Thot correspond à Mercure par syncrétisme avec Hermès, planète des communications, des écrits et de l'intelligence, qui gouverne les Gémeaux et la Vierge. Il correspond aussi à la Lune par sa fonction de mesureur du temps. L'astéroïde 4150 Starr et d'autres lui sont associés par certains astrologues ésotériques. L'égyptologie populaire (Erik Hornung, L'Égypte ésotérique, 1999) a souligné la postérité immense de Thot dans toute la tradition occulte occidentale. Découvrez si Thot gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Thot résonne avec Le Magicien, premier arcane majeur, attribué à Mercure par la Golden Dawn, dont la table comporte les quatre éléments à manipuler par le verbe ordonnateur — c'est très exactement la fonction démiurgique de Thot à Hermopolis. L'Ermite partage avec lui la sagesse solitaire et la lanterne intérieure. La Justice rappelle son rôle au tribunal d'Osiris. Sur l'Arbre de Vie, Hod, huitième Sephirah mercurielle, est sa demeure ; certains kabbalistes le placent aussi en Chokmah, sagesse primordiale.
Symboliquement vous rencontrez Thot chaque fois qu'une situation appelle écriture exacte, arbitrage entre forces opposées, mesure d'un temps, ou recours à un savoir caché des bibliothèques. Son ombre est l'érudition qui s'isole de la vie, le scribe qui enregistre sans jamais agir, le manipulateur de symboles qui se prend pour la réalité. Travailler avec cet archétype invite à demander où votre parole crée le réel et où elle l'évite. Poursuivez avec Hermès, son double grec, Isis, son alliée magique, et Maât, son épouse cosmique, ou revenez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Djéhouty
- Hermès Trismégiste
- Tehuti
- Nebmaât
- Mercurius