Yggdrasil
Yggdrasil (vieux norrois Yggdrasill, « le coursier d'Yggr ») est l'Arbre du Monde de la mythologie nordique, frêne cosmique géant dont les trois racines plongent dans trois mondes distincts et dont les branches embrassent les neuf royaumes. Axe vertical du cosmos, il relie le ciel, la terre et les enfers ; pilier vivant de la création, il est à la fois lieu et être, demeure et personne. Son nom signifie littéralement « le cheval d'Yggr », « Yggr » (« le terrible ») étant un nom d'Odin : l'arbre est ce sur quoi Odin s'est pendu neuf nuits pour conquérir les runes, et « monter le cheval » est, en vieux norrois, un kenning poétique pour « être pendu ». Yggdrasil est donc à la fois l'arbre cosmique et le gibet sacrificiel d'Odin.
Mythe et origine
L'image de l'Arbre du Monde appartient à un fond indo-européen ancien et même eurasiatique, attesté chez les Saamis (l'arbre boaššu), les Sibériens turcs et mongols (le bouleau chamanique), les Iraniens (le Saēna), les Indiens (l'Açvattha, figuier sacré) et les Grecs (le chêne de Dodone). Mircea Eliade y a vu un archétype universel : l'axis mundi, axe du monde, pilier de l'univers, échelle de l'âme entre les états d'être. Dans le contexte germanique, l'arbre Irminsul des Saxons continentaux, abattu par Charlemagne en 772, témoigne d'un culte arboricole cosmique antérieur à la christianisation, antécédent ou parent d'Yggdrasil.
Les sources principales sont les poèmes eddiques Völuspá, Grímnismál et Hávamál, ainsi que l'Edda en prose de Snorri Sturluson (vers 1220), notamment la Gylfaginning. Snorri rassemble et systématise les bribes éparpillées dans la poésie eddique pour offrir une cosmographie complète. Le Hávamál conserve le récit le plus saisissant : Odin pendu à l'arbre, « offert à Odin, moi-même à moi-même, sur l'arbre dont nul ne sait d'où sortent les racines », transpercé par sa propre lance, et arrachant les runes du fond de l'abîme. C'est sur Yggdrasil que la sagesse cosmique s'enracine.
Attributs et histoires
Yggdrasil est généralement décrit comme un frêne (askr), bien que certaines descriptions évoquent un if. Ses trois racines vont l'une vers la source de Mímir (Mímisbrunnr) en Jötunheim, où Odin laisse son œil pour boire la sagesse ; l'autre vers la source de Urðr (Urðarbrunnr) en Ásgard, où les trois Nornes (Urðr, Verðandi, Skuld — passé, présent, devenir) tissent le destin ; la troisième vers Hvergelmir (« le chaudron bouillonnant ») à Niflheim, dans le froid primordial. L'arbre abrite une faune symbolique : l'aigle perché au sommet, le faucon Veðrfölnir entre ses yeux, le dragon Níðhöggr qui ronge ses racines, l'écureuil Ratatoskr qui court et porte les insultes entre l'aigle et le dragon, et quatre cerfs (Dáinn, Dvalinn, Duneyrr, Duraþrór) qui broutent ses bourgeons.
Les neuf mondes (níu heimar) qu'il porte sont : Ásgarð (les Ases), Vanaheim (les Vanes), Álfheim (les elfes lumineux), Miðgarð (les humains, « cour du milieu »), Jötunheim (les géants), Svartálfheim ou Niðavellir (les nains et elfes sombres), Muspellheim (le feu primordial du sud), Niflheim (le froid primordial du nord), et Helheim (les morts). Yggdrasil tremble à l'approche du Ragnarök : « le frêne ancien gémit » dit la Völuspá. Pendant la bataille finale, il vacille mais ne meurt pas : il abrite Líf et Lífþrasir, l'homme et la femme qui survivront pour repeupler le monde renouvelé.
Réception moderne
Yggdrasil est devenu l'un des symboles les plus universellement reconnus de l'imaginaire nordique. Wagner s'en inspire pour le frêne dont Wotan a taillé sa lance dans L'Anneau du Nibelung. Tolkien a probablement Yggdrasil en tête lorsqu'il conçoit les Deux Arbres de Valinor et l'Arbre Blanc de Gondor. Marvel le visualise spectaculairement dans Thor: Le Monde des ténèbres. Le tatouage d'Yggdrasil est l'un des plus populaires de l'iconographie néopaïenne. La science contemporaine l'évoque comme métaphore avec la notion d'arbre du vivant (Darwin) ou de réseaux mycorhiziens forestiers (Suzanne Simard).
Dans l'Ásatrú, le Heathenry et plus largement les spiritualités nordiques contemporaines, Yggdrasil est central : il sert de carte cosmologique pour le voyage chamanique, de support à la méditation, et de modèle pour les pratiques rituelles (les neuf jours, les neuf herbes, les neuf bûches du feu sacré). Il est aussi très présent dans la Wicca et dans les courants néo-druidiques comme symbole d'unité du vivant. Astrologiquement, il évoque Saturne (le pilier, la structure cosmique, le temps) et Jupiter (l'expansion, les royaumes). Le test des divinités mythologiques peut révéler votre rapport à cet axe. Poursuivez avec Odin, Ragnarök et les runes.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Yggdrasil correspond avant tout au Monde (XXI), figure cosmique de totalité achevée, mais aussi au Pendu (XII), arcane même de la suspension odinique, et à la Roue de Fortune (X) comme axe immobile autour duquel tournent les destins. Sur l'Arbre de Vie kabbalistique, Yggdrasil est un parallèle frappant : tous deux organisent l'univers en mondes et sphères reliés par des chemins, et la doctrine des dix Sephiroth résonne curieusement avec les neuf mondes de la cosmologie nordique.
Pour Jung et ses successeurs, Yggdrasil est l'archétype de l'axis mundi psychique, l'axe vertical qui structure l'expérience intérieure entre conscient (les branches), ego (le tronc) et inconscient (les racines). Le voyage chamanique le long de cet axe est un voyage d'intégration de soi. Son ombre est l'illusion de stabilité absolue : Yggdrasil souffre, gémit, est rongé par Níðhöggr — même l'axe central n'échappe pas à l'usure. Travailler avec Yggdrasil, c'est cultiver le sens vertical de l'existence, relier les niveaux, et accepter de se pendre soi-même à l'arbre intérieur pour conquérir sa propre sagesse runique. Retournez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Yggdrasill
- Frêne du Monde
- Arbre Cosmique
- Cheval d'Yggr
- Mjötviðr
- Læraðr