Anubis
Anubis (égyptien Inpou, grec Ἄνουβις) est le dieu égyptien à tête de chacal noir, gardien des nécropoles, patron des embaumeurs, guide des âmes (psychopompe) à travers la Douat et celui qui ajuste la balance lors de la pesée du coeur. Fils illégitime de Nephtys et d'Osiris selon Plutarque, adopté par Isis, il fut le premier embaumeur en momifiant Osiris, instituant ainsi tous les rites funéraires. Maître des secrets de l'embaumement, son culte traversa toute l'histoire pharaonique avant d'être absorbé par celui d'Hermanubis dans le monde gréco-romain.
Mythe et origine
Les Textes des Pyramides (vers 2400-2300 av. J.-C.) attestent Anubis dès l'Ancien Empire comme « celui qui préside au pavillon divin » et « seigneur de la terre sacrée », maître des cimetières. Il y figure plus important qu'Osiris dans certaines formules — c'est à l'avènement du culte osirien au Moyen Empire qu'Anubis devient son acolyte fidèle. Plutarque (Sur Isis et Osiris, vers 100 apr. J.-C., chap. 14, 44) raconte la version tardive : Nephtys, déguisée en Isis, séduit Osiris et conçoit Anubis. Effrayée de la colère de son époux Seth, Nephtys abandonne l'enfant dans les marais ; Isis le retrouve grâce à des chiens et l'élève comme son fils. Cette légitimation par l'adoption fait d'Anubis le fidèle gardien d'Osiris.
Son rôle d'embaumeur primordial est central : c'est lui qui, avec Thot, reconstitue le corps démembré d'Osiris et procède au premier rituel d'embaumement, devenant ainsi le patron des prêtres-embaumeurs (khery-heb) qui portaient son masque de chacal lors des opérations rituelles. Son sanctuaire principal était Cynopolis (« la ville des chiens », égyptien Hardaï) en Moyenne-Égypte, mais aussi Asyout (Lycopolis), Hardaï, et Saqqarah où ses catacombes abritaient des millions de momies de chiens et chacals offertes en ex-voto. Le Livre des Morts chapitre 125 le montre debout face à la balance lors de la psychostasie, et le papyrus d'Ani (vers 1250 av. J.-C., British Museum) en offre l'illustration la plus célèbre.
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Anubis à sa tête de chacal noir (le noir étant en Égypte la couleur de la résurrection osirienne et du limon nilotique fertilisé, non du deuil), à son corps masculin athlétique, à son collier sacerdotal usekh, à son sceptre ouas, et à son fouet ou son couteau d'embaumeur. Il tient parfois la croix ankh ou les bandelettes momiformes. Son animal sacré est le chacal doré (Canis lupaster) qui rôdait autour des nécropoles désertiques en bordure des cultures — d'où la nécessité de se concilier ce charognard naturel en en faisant un protecteur. Le standard d'Anubis, perche surmontée d'un chacal couché sur un coffret, est un des plus anciens emblèmes divins d'Égypte, attesté dès le prédynastique.
Anubis exerce plusieurs fonctions interconnectées. Comme « celui qui est sur sa montagne » (tepy-djouf), il surveille la nécropole. Comme « seigneur de la terre sacrée » (neb-ta-djéser), il préside le désert des morts. Comme « maître des secrets » (khery-seshéta), il connaît les rites d'embaumement et les formules de passage. Comme « celui qui ouvre les chemins » (oupouaout, parfois distingué comme dieu indépendant), il guide les défunts. Lors de la cérémonie de l'ouverture de la bouche pratiquée sur la momie ou la statue funéraire, le prêtre masqué d'Anubis touchait les lèvres avec un instrument rituel pour rendre au défunt l'usage de ses sens. Dans le monde gréco-romain, Hermanubis (fusion d'Hermès et d'Anubis) propagea son culte jusqu'à Pompéi et Rome, où Anubis figure dans les processions isiaques décrites par Apulée (L'Âne d'or XI, 11).
Réception moderne
Carl Gustav Jung et Marie-Louise von Franz interprétèrent Anubis comme l'archétype du psychopompe, accompagnateur de l'âme dans les transitions psychiques, semblable aux figures de Mercure alchimique. James Hillman, dans Le Rêve et le monde infernal (1979), lui consacra des pages essentielles comme guide de l'âme dans le monde nocturne. La psychothérapie d'orientation jungienne du deuil (Verena Kast, Robert Romanyshyn) reprend cette figure. L'égyptomanie depuis Napoléon a fait d'Anubis l'un des dieux égyptiens les plus représentés dans la culture populaire — du film La Momie (1999) aux jeux Assassin's Creed Origins (2017) et Hades (2020). Le mouvement Kemetic Orthodoxy lui rend un culte actif.
Sur le plan astrologique, Anubis correspond à Pluton par sa fonction chthonienne, à Saturne par sa rigueur funéraire, et au Scorpion par son lien aux transformations mortelles. L'astéroïde 1912 Anubis, découvert en 1960, est lu en astrologie psychologique comme indicateur des passages funéraires, des deuils à intégrer et de la fonction d'accompagnement spirituel. Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel, est parfois associée à Anubis comme « grand chien » (Canis Major), bien que cette étoile soit plus exactement liée à Isis-Sopdet. Découvrez si Anubis gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Anubis résonne avec La Mort, treizième arcane majeur, par sa fonction de passeur de seuils ultimes. La Roue de Fortune, dixième arcane, le montre traditionnellement sur la roue (avec Typhon-Seth descendant et le Sphinx au sommet) comme génie ascendant — interprétation transmise par Court de Gébelin et Éliphas Lévi. La Justice reflète sa fonction au tribunal de la pesée. Sur l'Arbre de Vie, on l'associe au sentier reliant Tiphereth à Yesod, ou à Geburah pour la sévérité du jugement funéraire.
Symboliquement vous rencontrez Anubis chaque fois qu'une situation appelle accompagnement d'une fin, soin minutieux porté à ce qui doit être préservé après transformation, ou rituel précis pour une transition. Son ombre est la fixation sur la mort et le macabre, le rite vide qui se substitue à la vie. Travailler avec cet archétype invite à demander quelles parties de vous-même méritent un embaumement honorable avant de passer à l'au-delà. Poursuivez avec Osiris, son père adoptif, Isis, sa mère adoptive, et Thot, son collègue scribe, ou revenez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Inpou
- Anpou
- Hermanubis
- Khentamentiou
- Oupouaout