Mythologie

(égyptien Rꜥ, parfois transcrit Râ ou Ra) est le grand dieu solaire de l'Égypte ancienne, créateur du cosmos, père des dieux et des pharaons, et seigneur du voyage quotidien du Soleil dans sa barque céleste. Lui-même se renouvelle à chaque aube, mais traverse chaque nuit la Douat où il combat le serpent Apophis avant de renaître à l'orient. Identifié au pharaon depuis l'Ancien Empire et fusionné avec d'autres dieux solaires (Atoum-Rê, Amon-Rê, Rê-Horakhty), il fut la divinité dominante du panthéon pharaonique pendant trois millénaires.

Mythe et origine

Les Textes des Pyramides (vers 2400-2300 av. J.-C.) consacrent leur substance à la course solaire et à la fusion du pharaon défunt avec Rê. La cosmogonie héliopolitaine, transmise par les inscriptions du temple de Rê à Héliopolis (égyptien Iounou) et synthétisée plus tard, raconte qu'au commencement existait le Noun, océan primordial infini. De ses eaux émergea la butte primordiale (benben) sur laquelle Atoum-Rê s'auto-engendra. Seul, il créa par crachat ou masturbation le premier couple, Shou (l'air) et Tefnout (l'humidité), qui engendrèrent Geb (la terre) et Nout (le ciel), parents d'Osiris, Isis, Seth et Nephtys — l'Ennéade fondatrice du monde.

Le Livre des Morts (à partir de 1550 av. J.-C., XVIIIe dynastie), le Livre de l'Amdouat (XVe siècle av. J.-C.) et le Livre des Portes (XIVe siècle av. J.-C.), peints sur les parois des tombeaux royaux de la Vallée des Rois, décrivent les douze heures du voyage nocturne de Rê dans la Douat, chacune affrontant des épreuves spécifiques. Pendant les hérésies amarniennes du règne d'Akhenaton (vers 1353-1336 av. J.-C.), Aton, disque solaire visible, fut promu seul dieu légitime, mais cette réforme ne survécut pas au pharaon. Le pyramidion couvert d'or à la pointe de chaque pyramide condensait l'énergie de Rê ; l'obélisque, monolithe solaire transporté ensuite à Rome, Paris (place de la Concorde) et New York, prolongea ce symbolisme.

Attributs et histoires

Vous reconnaissez Rê au disque solaire qu'il porte sur la tête, souvent encerclé par l'uraeus (cobra dressé) qui crache le feu protecteur sur les ennemis. Il a tête humaine couronnée du disque dans son aspect Rê, tête de faucon couronnée du disque dans Rê-Horakhty « Rê-Horus de l'horizon », tête de bélier dans son aspect nocturne Aouf-Rê traversant la Douat. Il navigue dans deux barques : la mandjet, barque du jour qui le porte du levant au couchant, et la mesektet, barque de la nuit qui le ramène à travers le monde souterrain. Son équipage comprend Maât à la proue, Thot scribe, Hou (la parole créatrice), Sia (la perception), et le grand pilote Seth qui défend Rê en transperçant Apophis chaque nuit de son harpon.

Le grand mythe de la Vache céleste, inscrit dans la tombe de Toutankhamon et plusieurs autres royales, raconte que Rê vieillissant, dont les os étaient devenus d'argent, la chair d'or et les cheveux de lapis-lazuli, fut conspué par les humains rebelles. Il envoya son oeil sous forme de Sekhmet exterminer l'humanité, puis l'apaisa par sept mille jarres de bière colorée en rouge. Las des hommes, Rê se retira sur le dos de la déesse-vache Nout qu'il transforma en ciel étoilé. Sa fille Hathor le réjouit chaque soir, son fils Shou soutient le ciel séparant la terre. Le pharaon, « fils de Rê » (titre obligatoire depuis la IVe dynastie, vers 2500 av. J.-C., règne de Djédefrê), est l'incarnation terrestre de l'ordre solaire et le garant cosmique de Maât.

Réception moderne

Carl Gustav Jung, dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles (1912/1952), analysa abondamment le voyage solaire de Rê comme métaphore archétypale du parcours de la conscience à travers la nuit de l'inconscient. Erich Neumann (L'Origine et l'histoire de la conscience, 1949) en fit le mythe paradigmatique du moi héroïque traversant les épreuves. Aleister Crowley, dans Le Livre de la Loi (1904), invoqua le couple Ra-Hoor-Khuit comme aiôn solaire succédant à l'aiôn d'Osiris. Le mouvement Kemetic Orthodoxy (1988), restaurant la religion égyptienne aux États-Unis, place Rê au sommet du panthéon. La culture populaire — le film Stargate (1994), le jeu Smite, l'égyptomanie de l'art déco — prolonge l'imagerie solaire.

Sur le plan astrologique, Rê correspond évidemment au Soleil, planète de l'identité essentielle et de la vitalité créatrice, qui gouverne le Lion. Son aspect Rê-Horakhty fait écho à la conjonction Soleil-Horus-Mars dans certains systèmes ésotériques. Les pyramides de Gizeh, alignées sur l'étoile polaire de l'époque (Thuban dans le Dragon vers 2500 av. J.-C.), témoignent d'un savoir astronomique solaire et stellaire raffiné. Le Calendrier de Coligny celtique et les sanctuaires solaires de Stonehenge montrent la convergence préhistorique du culte solaire. Découvrez si Rê gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.

Profondeur symbolique

Dans le tarot, Rê résonne premièrement avec Le Soleil, dix-neuvième arcane majeur, par son rayonnement créateur, sa joie radieuse et sa fonction d'illumination cosmique. L'Empereur, quatrième arcane, partage avec lui l'autorité royale et la stabilité du pharaon. Le Jugement évoque sa résurrection quotidienne à l'aube. Sur l'Arbre de Vie, Tiphereth, sixième Sephirah solaire, est la demeure kabbalistique de Rê, centre cardiaque de l'arbre qui équilibre tous les autres et figure le Christ-Soleil ou le Sauveur cosmique.

Symboliquement vous rencontrez Rê chaque fois qu'une situation appelle clarté souveraine, traversée d'une obscurité par confiance dans le retour de l'aube, ou affirmation d'une identité créatrice. Son ombre est l'orgueil solaire qui calcine ce qu'il devrait éclairer, le vieillissement qui se déconnecte des humains. Travailler avec cet archétype invite à demander où votre soleil intérieur traverse fidèlement sa douat nocturne et où il refuse de descendre. Poursuivez avec Horus, son héritier, Sekhmet, son oeil colérique, et Hathor, sa fille apaisante, ou revenez au glossaire principal.

Également connu sous le nom de

  • Ra
  • Atoum-Rê
  • Amon-Rê
  • Rê-Horakhty

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