Sekhmet
Sekhmet (égyptien Sḫmt, « la Puissante ») est la déesse égyptienne à tête de lionne, fille de Rê, déesse de la guerre, des épidémies, des canicules brûlantes mais aussi de la guérison médicale. Oeil colérique de Rê envoyé pour punir l'humanité rebelle, elle faillit exterminer le genre humain avant d'être apaisée par sept mille jarres de bière teintée d'ocre rouge. Épouse de Ptah à Memphis, mère de Néfertoum, elle forme la triade memphite et patronne les médecins-prêtres (oueb-Sekhmet) chargés des soins dans toute l'Égypte pharaonique.
Mythe et origine
Sekhmet apparaît dès l'Ancien Empire dans les Textes des Pyramides (vers 2400 av. J.-C.) comme déesse guerrière. Le mythe central, dit de la Destruction de l'humanité ou de la Vache céleste, est inscrit dans les tombes royales du Nouvel Empire à partir du règne de Toutankhamon (XIVe siècle av. J.-C.) et conservé sur la paroi externe de la chambre funéraire de Séthi Ier (vers 1290 av. J.-C.). Rê, vieillissant, soupçonne les humains de comploter contre lui. Sur conseil du Noun, il envoie son oeil sous forme de Sekhmet exterminer les rebelles. La déesse, prise d'ivresse meurtrière, massacre tant et si bien que Rê, se ravisant, fait brasser sept mille jarres de bière teintée à l'ocre rouge qu'on déverse dans la plaine.
Sekhmet, croyant voir un lac de sang, boit jusqu'à l'ivresse profonde, oublie sa mission, et redevient Hathor douce. Cet épisode fonde le rituel d'apaisement de Sekhmet : chaque année, lors des « cinq jours épagomènes » à la fin de l'année, où l'on craignait les épidémies de fin de crue, les Égyptiens offraient libations de bière rouge et amulettes pour conjurer ses flèches porteuses de pestilence. Aménophis III (vers 1380 av. J.-C.) fit ériger plus de sept cents statues de Sekhmet en granodiorite — une pour chaque jour de l'année plus deux par jour pour les apaiser — dans son temple funéraire de Thèbes-Ouest et au temple de Mout à Karnak. Plusieurs de ces statues sont aujourd'hui dispersées au Louvre, au British Museum et au Metropolitan.
Attributs et histoires
Vous reconnaissez Sekhmet à sa tête de lionne (Panthera leo) au regard impassible, à son corps féminin élancé, au disque solaire couronné de l'uraeus qu'elle porte sur le front, à sa robe rouge moulante, et à son sceptre ouas ou son ankh. Elle tient parfois des flèches : ses « sept flèches » répandent la peste sur les ennemis de Rê, et les prêtres-magiciens devaient « briser les flèches de Sekhmet » par incantations pour conjurer les épidémies. Ses épithètes — « la Puissante », « la Terrible », « la Maîtresse de la flamme », « celle qui taille en pièces », « la Dame du massacre », mais aussi « la Grande de la magie » et « la Maîtresse des médecines » — révèlent l'inséparable dualité de la maladie qui frappe et de la guérison qui sauve.
Comme déesse de la guerre, Sekhmet accompagne le pharaon à la bataille : sur les reliefs de Karnak, Séthi Ier et Ramsès II combattent sous sa protection. Son souffle est le vent brûlant du désert (khamsin) qui dessèche les ennemis. Comme déesse médicale, elle patronne les sounou-Sekhmet, prêtres-médecins formés dans les Maisons de Vie attachées à ses temples ; les Papyrus médicaux Ebers et Edwin Smith (XVIe siècle av. J.-C.) attribuent à ses prêtres le savoir des fractures et des maladies internes. Sa fonction de gardienne des passages funéraires se déploie aussi : elle figure parmi les quarante-deux juges de la pesée du coeur et garde certaines portes de la Douat. Avec Bastet, déesse chatte douce, elle forme un couple complémentaire : la lionne sauvage et la chatte domestique, les deux pôles de la force féline.
Réception moderne
Carl Gustav Jung interpréta Sekhmet comme une figure de l'animus guerrier de la femme et de la Grande Mère terrible (terrible mother) analysée par Erich Neumann (La Grande Mère, 1955). Marie-Louise von Franz en faisait une image de la colère sacrée nécessaire à la transformation. Le féminisme néopaïen et la déesse-spiritualité (Z. Budapest, Vicki Noble dans Motherpeace Tarot, 1981) ont réinvesti Sekhmet comme déesse de la colère légitime des femmes, particulièrement contre les violences faites au féminin sacré. La sage-femme Robin Lim et le mouvement des médecines féminines invoquent sa fonction guérisseuse. Au cinéma, des productions comme Stargate et The Mummy Returns popularisent son image léonine.
Sur le plan astrologique, Sekhmet correspond à Mars par sa fureur guerrière, au Soleil par son origine d'oeil de Rê, et au Lion par évidence léonine. Certains astrologues l'associent à la Vierge pour la fonction médicale. L'astéroïde 5381 Sekhmet, découvert en 1991, est un astéroïde géocroiseur dont le nom souligne le potentiel destructeur. Le mouvement Temple of Sekhmet à Cactus Springs (Nevada), fondé en 1993 par Genevieve Vaughan, est l'un des rares sanctuaires modernes consacrés à une déesse égyptienne dans le monde occidental. Découvrez si Sekhmet gouverne votre cour intérieure grâce au test des divinités mythologiques.
Profondeur symbolique
Dans le tarot, Sekhmet résonne avec La Force, huitième ou onzième arcane majeur, où la femme dompte le lion ou — dans le Tarot de Thoth de Crowley, rebaptisé « Désir » (Lust) — chevauche la Bête à sept têtes coupes de sang en main. La Tour, seizième arcane, fait écho à sa colère destructrice qui purifie. La Mort, treizième arcane, partage sa fonction de coupure radicale. Sur l'Arbre de Vie, Geburah, cinquième Sephirah de Mars et de la rigueur, est sa demeure principale.
Symboliquement vous rencontrez Sekhmet chaque fois qu'une situation appelle colère juste, défense féroce d'un territoire ou d'un être vulnérable, ou capacité à brûler ce qui doit l'être pour guérir. Son ombre est la rage qui se prend à son propre carnage et oublie son but, le sang qui appelle plus de sang. Travailler avec cet archétype invite à demander quelles sept jarres de bière apaisante préparer pour transformer votre fureur en pouvoir guérisseur. Poursuivez avec Hathor, son double doux, Rê, son père, et Isis, sa cousine magicienne, ou revenez au glossaire principal.
Également connu sous le nom de
- Sakhmet
- Sekhet
- L'Oeil de Rê
- La Puissante
- Nesert