Ésotérisme

Moksha

Le Moksha (sanskrit mokṣa, « libération, délivrance, affranchissement », de la racine muc, « relâcher, délier ») est, dans l'hindouisme, le but ultime de l'existence humaine : la libération définitive du cycle des renaissances (samsara) et la réalisation de l'identité entre l'âme individuelle (ātman) et l'Absolu (brahman). Il constitue, avec dharma (devoir), artha (réussite) et kâma (plaisir), le quatrième et suprême but de la vie (puruṣārtha) — celui qui couronne et dépasse les trois autres. Le moksha n'est ni une récompense post-mortem ni un paradis céleste : c'est une transformation radicale de la conscience qui peut s'opérer dès la vie présente (jīvanmukti, libéré-vivant) ou au moment de la mort (videhamukti).

Origine

La notion de libération apparaît dans les Upanishads anciennes (700-500 av. J.-C.). La Brihadâranyaka, la Chândogya, la Katha et la Mundaka en exposent les voies. Le sage Yajnavalkya enseigne à Maitreyi : « C'est par l'âme seule, en vérité, qu'on aperçoit l'âme, c'est en l'âme seule qu'on connaît l'âme. » Cette intuition fondatrice — que la délivrance n'est pas l'obtention d'un objet mais la reconnaissance de ce qui est — structure toute la sotériologie indienne. Les Yoga Sutras de Patañjali (vers 200 av. J.-C. - 200 ap. J.-C.) décrivent la libération comme la cessation des fluctuations mentales (citta-vṛtti-nirodha) qui permet à l'esprit (puruṣa) de se reconnaître distinct de la matière (prakṛti).

La Bhagavad-Gītā (vers IIIᵉ-IIᵉ siècle av. J.-C.) systématise trois voies (mārga) vers le moksha : jnāna-yoga (connaissance), bhakti-yoga (dévotion) et karma-yoga (action désintéressée). L'Advaita Vedānta de Śaṅkara (VIIIᵉ siècle) théorise le moksha comme reconnaissance de l'identité jīvātman-paramātman. Les écoles dualistes (Madhva) et tempérées (Rāmānuja) le conçoivent comme communion plutôt que fusion. En Occident, la notion est introduite par les traductions des Upanishads par Anquetil-Duperron (1801, à partir de la version persane Oupnek'hat) puis transmise par Schopenhauer, qui en fait la matrice de sa philosophie de la délivrance.

Sens classique et lecture occidentale

Le moksha n'est pas l'anéantissement de l'individu mais la dissolution de l'illusion d'un moi séparé. Dans l'Advaita, l'âme libérée découvre qu'elle n'a jamais cessé d'être brahman : l'ignorance (avidyā) seule avait fait croire à la séparation. L'image classique est celle de l'espace contenu dans une jarre : tant que la jarre existe, l'espace semble emprisonné ; brisée la jarre (le moi-ego), l'espace intérieur se révèle identique à l'espace universel. Le jīvanmukti, celui qui atteint la libération de son vivant, continue d'agir et de vivre, mais sans plus accumuler de karma nouveau, car ses actes ne sont plus motivés par le désir séparateur.

En Occident, le moksha est souvent confondu avec le nirvana bouddhiste, bien que les deux notions diffèrent : le nirvana est plutôt négatif (extinction du désir, de la haine et de l'illusion), le moksha plutôt positif (réalisation de l'identité ātman-brahman). Le New Age présente parfois la libération comme un état accessible par techniques rapides (ayahuasca, retraites intensives, « awakening »), simplification qui peut induire en erreur. Les traditions classiques insistent : le moksha demande, dans la plupart des cas, des années voire des vies de pratique disciplinée sous la guidance d'un maître authentique. Voir Dharma, prérequis du moksha.

En pratique

Travailler vers la libération ne consiste pas à fuir le monde mais à traverser les voiles de l'illusion. La pratique de l'ātma-vichāra (auto-investigation), enseignée notamment par Ramana Maharshi, consiste à poser inlassablement la question : « Qui suis-je ? » Chaque réponse provisoire (mon corps, mes émotions, mes pensées, mon histoire) est examinée et dépassée jusqu'à atteindre le silence où la conscience se reconnaît elle-même. Pratiquez chaque matin vingt minutes : asseyez-vous, posez la question, observez où mène le mental, et revenez sans cesse à l'interrogation centrale. Combinez avec la méditation de la présence pure : sans objet, sans technique, demeurez simplement présent à la présence.

Sur le plan symbolique, méditez sur l'arcane XXI le Monde, qui figure l'accomplissement final, l'unité retrouvée, le moksha tarotique. L'arcane XIX le Soleil figure quant à lui la conscience pleinement éveillée, et l'arcane 0 le Mat figure la liberté absolue de celui qui n'a plus rien à prouver. Travaillez aussi avec le chakra couronne, porte de l'ouverture transcendante, équilibré par un chakra racine stable. En astrologie, étudiez les transits de Neptune et d'Uranus à votre milieu de ciel et à votre douzième maison, qui marquent les ouvertures spirituelles.

Profondeur symbolique

Le moksha n'est pas, métaphysiquement, l'obtention d'un état nouveau, mais la reconnaissance de ce qui a toujours été. Cette intuition rejoint le mysticisme rhénan de Maître Eckhart (« L'œil par lequel je vois Dieu est l'œil par lequel Dieu me voit »), la via negativa de Plotin et du Pseudo-Denys, le fanā' soufi (extinction en Dieu) et le Selbstvergessen de la mystique chrétienne. Toutes ces traditions, malgré leurs vocabulaires distincts, convergent sur l'idée que la libération suppose la dissolution de l'illusion d'un moi séparé et la réalisation d'une identité plus vaste qui inclut tout sans rien exclure.

En correspondance ésotérique, le moksha s'associe à la sphère cabalistique de Kether (Couronne), sommet de l'Arbre de Vie, qui figure le point originel et terminal du parcours mystique. En astrologie, Uranus préside aux libérations soudaines, Neptune aux dissolutions du moi, et le Soleil au principe central qui demeure quand tout est tombé. Le moksha est l'horizon vers lequel orientent toutes les pratiques sérieuses : méditation, travail des chakras, contemplation des arcanes majeurs, étude des Sutras. Approfondissez avec Nirvana, Samsara, Karma et le portail Glossaire.

Également connu sous le nom de

  • Libération
  • Délivrance
  • Affranchissement
  • Jīvanmukti
  • Réalisation du Soi

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