Tarot

Cartomancie

La Cartomancie — du grec khartēs (papier) et manteia (divination) — est l'art divinatoire pratiqué à l'aide de cartes. Elle englobe toutes les formes de lecture cartomantique : tarot, Lenormand, jeu de cartes ordinaire à 32 ou 52 cartes, oracles modernes. Vieille de plus de cinq siècles dans sa forme européenne, la cartomancie est aujourd'hui pratiquée à travers le monde dans des traditions multiples — française, italienne, germanique, slave, latino-américaine, anglo-saxonne — chacune avec ses spécificités méthodologiques.

Origine et histoire

Les cartes à jouer arrivent en Europe au XIVᵉ siècle depuis le monde mamelouk d'Égypte. Les premiers usages divinatoires apparaissent dès le XVᵉ siècle dans les milieux populaires, mais l'Église et les autorités condamnent la pratique comme superstition. Au XVIIIᵉ siècle, à Paris, la cartomancie devient un phénomène social : Jean-Baptiste Alliette dit Etteilla (1738-1791) ouvre boutique de cartomancie rue de la Verrerie, publie son Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées Tarots (1783) et professionnalise la voyance par cartes. Antoine Court de Gébelin lui donne ses lettres ésotériques en 1781 dans Le Monde Primitif.

Le XIXᵉ siècle voit l'apogée de la cartomancie populaire. Marie-Anne Lenormand (1772-1843) consulte sous l'Empire les plus grands de son temps. Eliphas Lévi (1810-1875) publie Dogme et rituel de haute magie (1854) qui établit les correspondances entre tarot, Kabbale et magie hermétique. Papus (Gérard Encausse, 1865-1916) systématise l'enseignement avec Le Tarot des Bohémiens (1889). Au XXᵉ siècle, Arthur Edward Waite et la Hermetic Order of the Golden Dawn britannique, puis Aleister Crowley, modernisent la cartomancie tarotique avec le Rider-Waite-Smith (1909) et le Thoth (1944).

Variantes et traditions

La cartomancie englobe plusieurs grandes familles. La cartomancie tarotique utilise un jeu de 78 cartes — 22 Arcanes Majeurs et 56 Mineurs — dans les traditions Marseille, Rider-Waite ou Thoth. La cartomancie Lenormand utilise les 36 cartes du Petit Lenormand, avec une méthode narrative en chaîne distincte. La cartomancie au jeu ordinaire — 32 cartes du jeu de piquet ou 52 cartes du jeu international — est probablement la plus ancienne et reste très pratiquée dans les traditions populaires d'Europe et d'Amérique latine.

Plus récemment, les oracles — jeux non standardisés inspirés du tarot mais avec un nombre et une structure variables — se sont multipliés au XXᵉ et XXIᵉ siècle : Oracle de Belline (XIXᵉ siècle, redécouvert en 1961), Oracle de la Triade, Oracle Gé, Oracle de Sasha Graham. Ces jeux modernes utilisent souvent des images contemporaines, des cultures non européennes ou des thématiques spécifiques. La cartomancie thématique — tarot des fées, tarot des chats, tarot des anges — s'inscrit dans cette dynamique d'élargissement. Le tarot reste cependant la référence centrale par sa profondeur symbolique et sa tradition séculaire.

En pratique

La cartomancie repose sur quelques principes communs à toutes ses formes. Premièrement, le rituel : mélange attentif, coupe de la main gauche, formulation claire de la question. Deuxièmement, la disposition : tirage selon une grille préalablement définie — Croix Celtique, trois cartes, tirage annuel, tirage de couple. Troisièmement, l'interprétation : lecture des cartes individuelles, des combinaisons, des couleurs dominantes, des Majeurs en présence. Quatrièmement, le retour : noter les tirages dans un journal pour évaluer la pertinence à distance.

Pour pratiquer la cartomancie sérieusement, choisissez d'abord un système — tarot, Lenormand, ou jeu de 32 cartes — et tenez-vous-y au moins un an. Apprenez les significations classiques, étudiez les associations, pratiquez quotidiennement la carte du jour. Évitez de mélanger les systèmes au début. Une fois la maîtrise acquise sur un système, vous pouvez explorer les autres en notant leurs spécificités. Les applications modernes comme le Rider-Waite en ligne, le Marseille ou le Lenormand facilitent l'apprentissage en offrant des tirages guidés.

Profondeur symbolique

La cartomancie repose sur un postulat philosophique fort : il existe des correspondances signifiantes entre le mélange des cartes et la situation du consultant, sans lien causal direct. Carl Gustav Jung a proposé pour ce phénomène le concept de synchronicité dans son livre éponyme de 1952 : coïncidence signifiante de deux événements sans cause commune apparente. Cette hypothèse permet de comprendre pourquoi la cartomancie peut être pertinente sans pour autant supposer un déterminisme magique. Les images tirées résonnent avec la situation parce que la psyché et le monde matériel partagent une structure archétypale commune.

La cartomancie est aussi un art herméneutique — l'art de l'interprétation. La carte tirée n'a pas un sens unique : elle propose un champ symbolique que le tarologue, en dialogue avec le consultant, déploie selon la question posée. Cette dimension dialogique fait de la cartomancie autant un travail psychologique qu'une divination au sens strict. Sur le glossaire du tarot, vous trouverez les termes techniques de la cartomancie : significateur, carte inversée, carte du jour, Croix Celtique, et beaucoup d'autres outils du métier.

Également connu sous le nom de

  • Cartomancy
  • Divination par cartes
  • Tirage de cartes
  • Lecture de cartes
  • Voyance par cartes

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