Traditions

Taoïsme

Le Taoïsme (chinois 道教 dàojiào, « enseignement de la Voie ») est l'une des trois grandes traditions de la Chine classique (avec le confucianisme et le bouddhisme), à la fois philosophie, religion et art de vivre. Son texte fondateur est le Tao Tö King (Daode Jing, « Livre de la Voie et de la Vertu ») attribué à Lao Tseu (Laozi, VIᵉ-Vᵉ siècles av. J.-C.). Ses concepts centraux sont le Tao (Voie absolue), le Wu Wei (non-agir spontané), le Yin-Yang et la quête d'immortalité spirituelle.

Origine

L'origine du taoïsme se confond avec la grande effervescence intellectuelle des Royaumes Combattants (475-221 av. J.-C.), période des « Cent Écoles » où se forment les courants fondamentaux de la pensée chinoise. Lao Tseu (Laozi, littéralement « Vieux Maître »), figure semi-légendaire, aurait été archiviste de la cour des Zhou avant de quitter la Chine vers l'Ouest, laissant à la passe Han Gu son testament : le Tao Tö King en 81 chapitres et 5000 caractères, l'un des textes les plus traduits au monde après la Bible. Tchouang Tseu (Zhuangzi, IVᵉ siècle av. J.-C.) est le second grand penseur du taoïsme philosophique, auteur d'un recueil d'apologues éblouissants.

Le taoïsme se structure en religion organisée au IIᵉ siècle ap. J.-C. avec le mouvement des Maîtres Célestes (Tianshi) fondé par Zhang Daoling (34-156 ap. J.-C.) au Sichuan. Cette branche, dite Zhengyi (Orthodoxie), perdure jusqu'aujourd'hui. Sous les Tang (618-907) et les Song (960-1279), le taoïsme connaît son apogée institutionnel : monastères, ordres, canon scriptural (Daozang, comptant aujourd'hui 1487 textes). L'école Quanzhen (« Pleine Réalité ») fondée par Wang Chongyang au XIIᵉ siècle, plus monastique, demeure la branche majoritaire en Chine continentale. Le taoïsme survit aujourd'hui à Taïwan, à Hong Kong, en Chine continentale post-révolutionnaire.

Concepts et pratiques

Le concept central est le Tao (道), littéralement la « Voie », mais désignant la réalité ultime indicible, source et trame de toute existence. Le Tao Tö King s'ouvre par la formule fameuse : « Le Tao qui peut être nommé n'est pas le Tao éternel ». Le Wu Wei (無為, « non-agir ») n'est pas passivité mais action spontanée et accordée, sans effort forcé, à l'image de l'eau qui « surmonte le dur par le doux ». Le Te (德, « vertu-pouvoir ») est l'efficience particulière de chaque être quand il s'accorde au Tao. Le Pou (樸, « bois brut ») figure la simplicité originelle. Le Tseu Jan (自然, « ainsi-même ») est la spontanéité naturelle.

Le taoïsme religieux développe une vaste cosmologie : panthéon des Trois Pures (San Qing, divinités suprêmes) ; Huit Immortels (Ba Xian) ; rituels liturgiques élaborés (jiao, zhai) ; alchimie externe (waidan, recherche d'élixirs minéraux) puis alchimie interne (neidan, transformation des énergies corporelles). Les pratiques de longue vie (yangsheng) incluent le Qi Gong (cultivation du souffle), le Tai Chi Chuan (boxe du Faîte Suprême), la diétique taoïste, la pharmacopée, la sexualité taoïste, la méditation. Le taoïsme religieux englobe également le feng shui (géomancie chinoise), l'astrologie chinoise, le Yi King divinatoire.

En pratique

Pour aborder le taoïsme, commencez par les textes fondamentaux. Le Tao Tö King est disponible en d'excellentes traductions françaises (Liou Kia-hway, Stanislas Julien, François Cheng pour des extraits poétiques, Marcel Conche pour le commentaire philosophique). Le Tchouang-tseu (traduction Liou Kia-hway dans la Pléiade) est plus narratif. Le Lie-tseu (Liezi) complète la triade philosophique. Pour la pratique corporelle, initiez-vous au Qi Gong de base (postures, respirations) ou au Tai Chi Chuan style Yang. La méditation taoïste de l'orbite microcosmique (Petit Cercle Céleste) constitue un excellent point d'entrée à l'alchimie interne.

Le taoïsme est indissociable du Yi King, qui en fournit la cosmologie pratique (8 trigrammes, 64 hexagrammes, mutations Yin-Yang). Explorez les entrées sur le Yi King, l'Hexagramme, le Trigramme, le Yin-Yang et le Bagua pour approfondir. Le taoïsme dialogue avec l'alchimie occidentale (alchimie interne versus Grand Œuvre), avec le soufisme (paradoxes mystiques), avec le gnosticisme (Sophia et Tao féminin). Les Européens découvrirent le taoïsme massivement via les traductions de Wilhelm, Waley et Watts.

Profondeur symbolique

Le taoïsme incarne une vision féminine, fluide et paradoxale de la réalité, opposée polaire au confucianisme masculin, hiérarchique et rituel. Là où Confucius prône la rectitude, les rites et la hiérarchie sociale, Lao Tseu enseigne la souplesse, la spontanéité et l'effacement. Le taoïsme valorise le bas (« l'humilité comme l'eau qui cherche le creux »), le faible (« le souple vainc le dur »), le féminin (« la Vallée Mystérieuse, l'origine du ciel et de la terre »), le vide (« le vide d'une roue rend possible son usage »). Cette inversion des valeurs ordinaires inspira profondément Heidegger, qui voyait dans Lao Tseu un précurseur de sa propre pensée du Dévoilement.

Le Tao est parfois identifié à la Mère mystérieuse, source féminine de tout. Cette dimension matricielle rapproche le taoïsme du shaktisme tantrique hindou, de la kabbale (Shekhinah), de la Wicca contemporaine et du féminisme spirituel. Carl Gustav Jung, qui rédigea la préface de la traduction du Yi King par Wilhelm (1923), vit dans le taoïsme une sagesse universelle de l'opposition complémentaire et de la synchronicité. Le rapport entre Tao et Logos (Verbe johannique), entre Wu Wei et Grâce chrétienne, entre Tseu Jan et nature stoïcienne, ouvre des dialogues philosophiques majeurs. Approfondissez sur le portail Oracles et dans le Glossaire.

Également connu sous le nom de

  • Daoisme
  • Dàojiào
  • Voie du Tao
  • Religion du Tao
  • Daojia

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